[Dossier 1- Albinisme] 8. Comment vit-on l’albinisme en Afrique ?

  • Dans la société

Entre pauvreté, mépris, indifférence et humiliation, les albinos cherchent toujours leur place dans les sociétés africaines. De par leur différence de peau, ils sont victimes de nombreux préjugés. On fait souvent d’eux des êtres venus d’ailleurs pour certains, des devins ou génies pour d’autres. Tout un ensemble de problèmes qui constituent un frein aussi bien pour leur épanouissement personnel que pour leur insertion professionnelle.

L’albinisme, malgré les explications de la science, reste une anomalie source de peur et d’angoisse un peu partout en Afrique. Les albinos sont discriminés, marginalisés, déscolarisés et subissent des violences physiques et morales allant jusqu’au meurtre pour leurs organes vendus à des prix élevés. Chantal Ngendakumana est la dernière victime connue de cette longue liste de massacre dont sont victimes les albinos. Elle a été décapitée le 06 mai 2012 au Burundi.

On leur attribut également des pouvoirs surnaturels. Par exemple, il est maintenant de coutume de dire qu’avoir des rapports sexuels avec eux permet de guérir du VIH SIDA. D’où leur exposition très élevée à ce virus encore incurable.

Dans la rue, certains n’hésitent pas à rebrousser chemin ou cracher par terre ou sur leur poitrine pour se préserver de toutes malédictions dont l’albinos serait porteur en permanence. D’autres n’hésitent pas tout simplement à bifurquer pour éviter de les croiser. Dans les véhicules de transport en commun, on n’évite ostensiblement de s’asseoir à côté d’eux.

Conséquences : ils rencontrent d’énormes problèmes pour s’intégrer. Victimes de ces préjugés, les albinos sont, à tort, considérés dans certains milieux comme porteurs de malédictions. Toute leur vie durant pour la plupart, ils traînent cette frustration qui ne facilite pas leur intégration. Dans la famille déjà, certains ont du mal à se faire accepter et se voient souvent obligés de quitter la maison faute d’affection.

Ces idées préconçues favorisent une adversité sociale à plusieurs facettes. Dans certains cas l’enfant albinos ne bénéficie pas de la protection de ses géniteurs. Ces derniers l’accusent de porter la poisse à toute la famille. L’anthropologie explique que dans certaines ethnies des infanticides sont même commis. Les parents ne se posent aucune question pour procéder à l’élimination du bébé né albinos car étant considéré comme une malédiction.

A Dakar, le constat est révoltant : la majorité des albinos vivent de la mendicité à travers les grandes artères des villes. Victimes de stigmatisation, ils sont en marge et mènent une vie à part. Une vie solitaire même pour certains, rejetés qu’ils sont parfois par leur propre famille. Ils finissent dans la rue et cèdent souvent à beaucoup de tentations, n’étant plus sous la tutelle de leurs parents. Ils sont à la merci de la délinquance, la prostitution clandestine dans les lieux de distraction comme les hôtels, bars ou restaurants.

  • La vie sentimentale

La vie sentimentale de l’albinos est loin d’être celle qu’on se plairait à raconter à longueur de colonnes. Trouver une petite amie ou épouse comme tout le monde n’est pas chose facile pour les albinos. Il est tout simplement inconcevable pour certains parents de donner en mariage leur fille à un albinos. Là aussi, beaucoup d’albinos restent sur la touche. Pour les hommes, c’est davantage plus compliqué. Les préjugés sur eux persistent. «Beaucoup croient qu’en se mariant avec une albinos on sera contaminé par sa maladie», révèle Oumar Sène, guérisseur traditionnel pour qui, comme pour bon nombre de personnes, l’albinos demeure un mystère. Il déclare n’avoir rien contre les personnes atteintes d’albinisme mais leur vie reste un mystère à ses yeux. «Quand je courtisais ma femme, ses amies passaient tout leur temps à la tancer. Elle ne pouvait pas comprendre qu’elle veuille m’épouser. A chaque fois qu’elles me voyaient venir lui rendre visite, elles me lançaient des quolibets genre «le nègre blanc», «notre européen»…mais cela l’a laissée indifférente», se rappelle Babacar Mbaye albinos résidant à Thiaroye.

La réalité est que la société sénégalaise n’a pas coutume de tolérer de particularité, ce qui est le cas des albinos. Les spécialistes ont beau expliqué cette anomalie génétique mais rien à faire ! Les préjugés restent solidement ancrés.

  • La scolarité

A l’école, s’ils tiennent à leurs études, ils doivent savoir se débrouiller seuls. Et souvent, ils ont affaires à des camarades de classe et à des enseignants peu compréhensifs. Sinon comment comprendre qu’une personne qui a un déficit visuel congénital n’ait pas la possibilité d’être le plus proche possible du tableau en classe pour faciliter sa prise de note ?

Les albinos quittent en général l’école très tôt car un suivi nécessaire et l’attention particulière dont ils ont besoin ne leur est pas accordé.

Ainsi, livrés à eux-mêmes ils sont obligés dans la majorité des cas de mendier dans les rues sous le soleil. C’est un cercle vicieux sans fin.

  • Une espérance de vie faible

 Avec ses complications aussi bien dermatologiques qu’ophtalmologiques, l’albinisme ne va pas sans conséquences pour la personne atteinte. Les conditions climatiques dans la zone intertropicale ne leur facilitent pas la vie car souvent exposée au soleil. Et cela a un impact sur leur espérance de vie. Les albinos au Sénégal dépassent rarement la soixantaine d’années de vie, selon le Dr Kassé. Les seuls qui arrivent à vivre au-delà sont ceux issus de familles aisées qui se chargent de tous leurs frais sanitaires. «L’albinos vivrait mieux dans un climat tempéré. Si vous prenez un albinos sous nos tropiques et que vous l’emmenez vivre en Europe, vous verrez que son espérance de vie va considérablement augmenter. En plus, il aura moins de complications parce que les conditions chez nous sont défavorables à eux», explique-t-il.

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Classé dans Dossier, Sciences et Technologies

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