Creuset de peuplements

Creuset de peuplements, le Sénégal est aussi un cocktail sans doute très original qui pourrait être explosif mais en même temps c’est ce dernier qui marque en quelque sorte l’originalité sénégalaise.
D’ailleurs je doute bien qu’originalité puisse être le terme adéquat, mais bon : disons exception sénégalaise du fait des opportunités que le pays présente comme étant un terrain de tous les possibles.
Notre propos cette fois-ci sera axé sur le Pouvoir et les pouvoirs au Sénégal. Cela dit, il convient de préciser l’idée que le pouvoir qui sera à mis en exergue à travers   cette invitation est « le pouvoir religieux ». Cette problématique du pouvoir religieux est plus que d’actualité d’autant plus que de jour en jour on assiste à un engagement beaucoup plus visible des religieux dans l’arène politique en sollicitant le vote de leurs concitoyens. A cela s’ajoute l’idée reçue selon laquelle le spirituel et le temporel doivent être complètement séparés à travers leur champ d’action respective.

Ceci est d’autant plus vrai que pour beaucoup de nos concitoyens, la notion de pouvoir est très vite assimilée à la politique (Pouvoir Politique) et cela entraine automatiquement et comme une évidence, le sentiment de vouloir faire la différence entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Différence qui serait très vite consommée si chacun des deux pouvoirs s’était confiné dans un rayon bien défini sans pour autant entrer contact avec l’autre : ce qui est loin d’être le cas au Sénégal du fait même des enjeux liés aux différents types de pouvoirs et des différents types de rapports qu’ils entretiennent entre eux.
Ainsi, nous assistons à une cohabitation   dans laquelle « religieux « et « hommes politiques » se distribuent les cartes en fonction de la situation mais aussi et surtout en fonction des enjeux que cela dégage par rapport à ces derniers. Une sorte de partie de poker Coréen où les règles sont définies par les enjeux et les intérêts des uns et des autres parfois au détriment du peuple même qui leur confère leur force respective.

Ainsi, du fait des possibilités qu’il offre, le Sénégal en tant que terrain d’application laisse s’exprimer toutes les idéologies tentant à expliquer les positions, même les plus incompréhensibles. C’est dans cette logique  que comme les partis politiques, les religieux ont les  leurs propres  à travers les confréries et en tant que tels leurs quartiers généraux qui se trouvent être les lieux de convergences de tous les adeptes dès que la demande est formulée par le guide ; à cela s’ajoute l’idéologie qui sous-tend toutes les actions comme dans les partis politiques traditionnels. Cela a crée une sorte de confusion, une sorte de conflits d’intérêts dont le perdant principal devient le peuple ; car, si le pouvoir est une chose et que sa possession une autre, il faut admettre que sa conservation est une troisième et que pour se faire certains n’hésiteront pas à faire des alliances même contre-nature pour parvenir à leur fin.

Ce qui fait que de jour en jour on assiste à la rupture de cette ligne de Maginot qui faisait office dans certains esprits de frontières entre les différents pouvoirs ; puisque dans leur réflexe de survie, le pouvoir politique et religieux trouvent leur point de convergence dans la synergie des forces ayant le même but, d’où les alliances et les actes d’allégeances. Ce qui vient mettre en exergue même la fragilité de l’équilibre des pouvoirs voir même l’équilibre de la République. Cela est d’autant plus surprenant qu’aussi bien dans leur mode de représentation, d’incarnation et même d’adhésion, le pouvoir politique et le pouvoir religieux sont diamétralement opposés. Si le pouvoir politique tire sa puissance dans sa capacité de persuasion de l’autorité qui l’incarne voire même sa capacité de faire rêver et de transformer le quotidien à travers l’appareil étatique, celui du religieux se trouve dans son charisme et sa profondeur spirituelle qui font oublier les besoins terrestres par la promesse d’une transformation qui passerait par la sacralité. De facto, on assiste aux dimensions pratique et cognitive des deux pouvoirs. Bien que différents dans leur mode d’expression et leur mode d’incarnation, en tant que Pouvoir, le pouvoir religieux et le pouvoir politique trouve un terrain commun dans le réflexe qu’a tout pouvoir de survivre et de continuer à exercer son autorité. Ce qui est à l’origine des alliances entre religieux et politiques en fonctions des situations.  Cependant, les élections législatives qui viennent de prendre fin en consacrant un taux assez important aux « listes dites religieuses » ont démontré que les religieux, selon les votes exprimés ont leur mot à dire dans le champ politique. Pour expliquer cette percée, l’exemple de Serigne Mansour Sy Djamil et de Oustaz Alioune Sall sont assez édifiants. Ces deux figures religieuses ont su transformé l’image du marabout avec sa natte et son chapelet en s’immisçant dans le quotidien de leurs concitoyens, partageant avec eux les difficultés  quotidien et en leur proposant des voies et moyens de sorties de ces difficultés. C’est ainsi, que ces figures à la base cognitives, par leur immersion totale dans le quotidien de leurs concitoyens deviennent pragmatiques en plus d’être cognitives.

Et que demande le peuple sinon des hommes qui réfléchissent et qui agissent pour le sortir de l’enfer du quotidien?
On assiste ainsi à une transformation, dans son mode d’incarnation et même d’expression à travers ces exemples cités du « pouvoir religieux » et cela au bonheur des populations qui ont opté pour ce choix.

Mais ce qu’il convient de noter, c’est que tout pouvoir quel qu’il soit tend toujours à abuser de son pouvoir c’est pourquoi il convient pour le peuple d’être toujours aux aguets pour veiller au grain car : contre le pouvoir, le pouvoir.

P.Mané

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1 commentaire

Classé dans Actualités, Culture et Société, Economie et Politique

Une réponse à “Creuset de peuplements

  1. idrissa ndiaye

    ANALYSE INTERESSANTE…MAIS JE NE SUIS pas D’AVIS QU’IL Y’A VERITABLEMENT PERCEE DE RELIGIEUX..ET PUIS POUR CES QUELQUES DEPUTES GAGNES PAR CES LISTES…LEURS ELECTEURS ONT-ILS VOTE SUR LA BASE D’UN PROGRAMME ADOSSE SUR LA RELIGION?..et puis il faut noter que la liste de mansour sy avait comme second une dame de confession chretienne…

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