Pour comprendre la crise malienne…

Chronologie de l’irrédentisme touareg

Le conflit mené depuis début 2012 par le MNLA s’inscrit dans une suite d’insurrections généralement baptisées « rébellions touarègues », qui ont opposé certains membres du peuple touareg aux gouvernements du Mali et du Niger. 

  • 1958 : début des revendications politiques (séparation avec le sud, revendiqué depuis mai 1958, soit deux années avant l’indépendance du Mali en1960).
  • 1960 : indépendance du Mali.
  • 1962-1964 : généralement appelée « première rébellion touareg », qui fut très durement réprimée par l’armée malienne.
  • 1970 : la grande sécheresse dans le sahel. Le mouvement fut également très affaibli par les sécheresses de ces années 70.
  • 1990-1995 : la rébellion touareg de 1990-1995 au Mali et au Niger. Elle débuta en 1990, 2 ans après la création du Mouvement Populaire de Libération de l’Azawad (MNLA). Au Mali, une première période de conflit, située entre octobre et décembre 1990, aboutit à la signature des Accords de Tamanrasset en 1991 et du Pacte National en 1992.
  • 1996 : la paix fut finalement scellée le 27 mars 1996 à Tombouctou lors de la cérémonie de la Flamme de la Paix. Les rebelles touaregs brûlèrent 3 000 armes utilisées durant la rébellion.
  • 2006 : le soulèvement touareg du 23 mai 2006 au Mali a abouti aux accords d’Alger signés le 4 juillet 2006.
  • 2007-2009 : la rébellion touareg de 2007-2009, au Niger et au Mali.
  • 2012 : l’insurrection menée par le MNLA initiée début 2012 au Mali. 

En 52 ans d’indépendance il y a eu plus de 7 conflits, soit en moyenne un accrochage tous les 7 ans.

Histoire et évolution du MNLA

Le MNLA était un mouvement politique, qui a muté en mouvement militaire. C’est une suite d’événements qui ont fait du MNLA un mouvement politique révolutionnaire. Il comprend tous les déçus du mouvement politique, des intellectuels et de jeunes diplômés chômeurs. Contrairement à une opinion répandue, il ne comprend pas que des touaregs mais comporte également d’autres communautés : arabes, peuls, sonrhaïs etc. Ces derniers risquent cependant un nettoyage ethnique si jamais l’indépendance est octroyée.

Le MNLA dit se battre pour la reconnaissance de l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad. Le 1er novembre 2010, une association politique, le Mouvement National de l’Azawad (MNA) qui regroupait de jeunes ressortissants du Nord Mali, a vu le jour. Ces jeunes voulaient se battre sur le terrain démocratique, mais ils ont subi la répression des services secrets maliens selon le porte-parole du MNLA. Si nous remontons plus loin dans l’histoire, le premier mouvement s’appelait Mouvement Populaire de l’Azawad (MPA) et prônait l’indépendance. Le MPA a été réprimé par l’armée malienne et les leaders du mouvement emprisonnés de 1963 à 1972.

En 1990 naquit la deuxième rébellion. Elle fut également étouffée. La répression de l’armée malienne contre les rebelles « touaregs » avait poussé nombre d’entre eux en Libye et en Algérie. Il y en a qui ont intégré l’armée de Kadhafi. Avec ce qui s’est passé en Libye, certains ont refusé de combattre les révolutionnaires libyens et ont rejoint le Mali. Le MNLA a accueilli d’anciens combattants de l’armée libyenne mais aussi de nombreux déserteurs de l’armée malienne. Parmi ceux qui sont rentrés de Libye il y en a un qui dirigeait l’armée du sud Libye.

Questions et préoccupations sur l’avancée du conflit

Si le Mali n’a pas de frontière avec la Libye, comment ses combattants ont pu rentrer sans être inquiétés ? Les gens du désert ne connaissent pas les frontières alors il semble impossible de mettre des barbelés dans le désert. Cela ne répond pas cependant à la question comment les gens d’AQMI qui sont des algériens ont pu s’établir au Mali.

La situation sur le terrain

797 000 Km². À Gao, trois groupes distincts se partagent le contrôle de l’agglomération, selon un député local, Abdou Sidibé : les touaregs du MNLA, les islamistes d’Ansar Dine et un groupe dissident d’AQMI, et enfin des trafiquants et groupes criminels.

Le Mali est-il en voie d’ « Afghanisation » ?

Il demeure un risque certain d’installation d’une zone grise, bastion à partir duquel des mouvements terroristes en quête de « re-légitimation » de leur action combattante depuis le mouvement d’autonomisation et son affaiblissement induit par la mort d’Oussama Ben Laden, pourraient agir vers la Mauritanie, l’Algérie, le Nigeria et le reste du Mali lui-même.

Les Etats-Unis ont toujours considéré la menace comme sérieuse et craignent cette perspective qui verrait une continuité territoriale entre cellules sahélo-sahariennes éparses d’AQMI, à cheval entre le Nord et le Nord-Est du Mali d’une part et l’Ouest du Niger d’autre part. S’ajoute en plus le mouvement Boko Aram qui sévit au Nord du Nigeria et plus à l’est, nettement plus à l’est, les islamistes somaliens du mouvement Al Chabab.

Ils y ont, du reste, installés depuis quelques années des forces spéciales qui dépendent d’un commandement militaire dédié (SOCAFRICA, Special Operations Command Africa) qui a formé les militaires maliens et nigériens à ce dessein.

La mise en place d’exercices conjoints avec les militaires maliens, algériens, nigériens, mauritaniens, burkinabés par le truchement du programme Enduring Freedom Trans Sahara lancé en 2007, tout comme les 500 millions de dollars qu’ils consacrent depuis 2005 à travers le Trans-Saharan Counterterrorism Initiative et leur plan pan-sahel, sur un volet plus économique, depuis 2002, confirme leur vigilance quant à ce scénario du pire.

Washington redoute cette perspective. Elle leur fait parfois comparer ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux à ce qui s’est passé dans l’Afghanistan des talibans vis-à-vis d’Al Qaïda entre 1996 et 2001, dans les zones tribales pakistanaises. La crise malienne inquiète car elle peut par-dessus tout attirer à terme l’AQPA (Al Qaeda en Péninsule Arabique). Cette éventualité renforce le soutien des Etats-Unis au régime yéménite pourtant vacillant sous la pression de ses forces sociales et de sa société civile.

Peu d’observateurs directs peuvent en tout cas témoigner de ce qui se passe réellement en amont du fleuve Niger, au Nord de la ville de Mopti, encore aux mains de l’armée malienne qui s’y est repliée.

On peut cependant constater les échos alarmants reçus de Gao et Tombouctou, tombés aux mains des islamistes du mouvement Ansar al Dine. 

Ce mouvement est dirigé par une ancienne figure de la rébellion touareg, Iyad Ag Ghaly, et constitue une des nombreuses cellules d’AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique).  Rejoint depuis la prise de la ville le 2 avril dernier par des éléments du mouvement djihadiste nigérian Boko Aram, Ansar al Dine préfigure ce que d’aucuns, à l’instar du dernier président français Nicolas Sarkozy, qualifient déjà d’État terroriste au cœur de la bande sahélo-saharienne. En tout état de cause le contraste est saisissant à quelques encablures de l’espace euro-méditerranéen dans lequel la transition démocratique s’est ancrée depuis le printemps 2011 et à quelques milliers de kilomètres d’un Sénégal post-électoral exemplaire dans sa transition politique.

Observations

Les causes lointaines se résument en une culture différente, une société hétérogène avec une absence de volonté d’appartenir à la nation malienne depuis mai 58. La zone arabo-berbère couvre une superficie de plus de 797 000 Km². Elle a été laissée en marge du développement : peu de routes, d’écoles, de poste de santé et d’élus dans le gouvernement nationale.

L’irrédentisme est devenu un instrument politique. En effet après chaque conflit, des budgets sont votés et les élites de la rébellion incorporées dans l’armée malienne.

Par exemple le 5 novembre 2009, l’Assemblée nationale a adopté la loi relative à la création d’un fond d’investissement, de développement et de réinsertion socio-économique des régions du Nord-Mali par 127 voix pour, 0 contre et 2 abstentions. Ce fond était  destiné à financer 39 projets et programmes de développement des régions de Kidal, Gao et Tombouctou pour un montant de plus de 700 milliards de francs CFA. Cette loi répond à un engagement pris par le gouvernement malien lors de ces accords de paix.

Les causes immédiates ou l’effet papillon sont le printemps arabe, la guerre en Libye et la mort du guide libyen. Elles ont poussé les mercenaires touaregs au départ. Ils sont partis avec armes et bagages. La présence de l’AQMI, de l’Ansar Dine et la mort de Ben Laden ont poussé les islamistes à délocaliser en Afrique subsaharienne.

La création d’un Etat touareg est-elle envisageable ? Non. Cela violerait le principe d’intangibilité des frontières coloniales qui est en vigueur depuis 50 ans dans l’Union Africaine. Il y a certes eu quelques exceptions, comme le Sud-Soudan ou l’Erythrée, mais c’était très différent. D’abord, on peine à imaginer la viabilité d’une telle région, « vu l’absence de ressources économiques et d’infrastructures ». Et puis la région comporte de nombreux autres groupes éthniques qui, comme les Maures ou les Toubous, n’accepteraient pas un contrôle touareg. Enfin, quelles seraient les frontières de cet État ? Les Touaregs ne sont pas seulement présents dans le nord du Mali, ils sont aussi au Burkina Faso, au Niger et en Algérie. Or on voit mal comment ces pays accepter de modifier leurs frontières.

GBF

Lexique

AQMI : Al Qaïda au Maghreb Islamique

CNRDR : Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (junte)

MNLA : Mouvement National de Libération de l’Azawad (la bande verte sur la carte)

MPA : Mouvement Populaire de l’Azawad

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Classé dans Actualités, Economie et Politique

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