Le syndrome du western union ou de l’aliénation financière

Combien de jeunes prennent les pirogues pour venir en Europe dans le seul but de pouvoir venir en aide à leurs parents trop vieux pour partir. Nous partons comme un troupeau à la recherche de vert pâturage. Nous partons pour apporter un mieux être à nos parents, apporter le sourire sur leur visage. Ce sourire qu’apporte la réception d’un mandat poste, d’un Money Gram, ou d’un mandat cash. Nous partons pour gagner plus de cash, plus de reconnaissance et d’estime de la part de nos parents et amis restés sur place.

Je me souviens encore de ces mots d’un ami : « tukki tekki, tog torox » (voyager réussir, rester échouer ) me disait-il. « Il n’y a pas de salut, pas de réussite à rester en Afrique ».

Je suis parti, j’ai vu et j’ai compris. J’ai compris que ces mots m’ont obligé à partir : « liggeyu ndey ,añub dom » (le travail, les efforts et les sacrifices d’une mère constituent le repas, la richesse et la chance sous-entendues, de son enfant) et il enfonce le clou en disant : « kune amul, sa ndey da liggeyul » (celui qui dit être pauvre, c’est parce que ta mère n’a pas travaillé et fait des efforts [dans sa vie]). La réussite de l’enfant est intimement liée à la moralité de la mère, le père s’en tire bien, aucun reproche ne lui sera fait, sur la réussite ou l’échec de sa progéniture. Enfin bref je suis parti!

Nous pensons qu’en envoyant de l’argent tous les mois à nos parents, nous devenons de bons enfants et sauvons nos mamans de l’opprobre: « xaalis fajul de, gacce ley faj » (l’argent ne soigne pas la mort mais la honte).

Je suis au regret, de vous dire que nous avons tout faut, le papa, le cadre de vie, la société et la culture sont plus à accuser de nos échecs que nos pauvres mamans, elles ont bon dos nos mères. Nos envois contribuent plus à aliéner nos parents en satisfaisant des besoins ponctuels, ils n’apprennent plus à pêcher. Nous envoyons tous les mois de l’argent à nos parents et nous les rendons dépendants de notre don. Tous les mois le même rituel est reproduit, celui de la queue devant le guichet, la carte de séjour dans une main et l’argent dans l’autre et nous pensons leur rendre service.

C’est tout le contraire, nous les aliénons à notre solde et nous nous aliénons en même temps à notre employeur. Pas de démission, pas de grève, pas de chômage, pas d’arrêt maladie.

Pas le temps de lire un bouquin, pas le temps d’aller au musée, au théâtre ; pas le temps de voire plus loin que notre boulot de vigile, de femme de ménage, de plongeur dans la restauration, de manœuvre dans le bâtiment ou de téléconseiller. Pas le temps d’apprendre à jouer d’un instrument de musique ou un rôle dans une pièce de théâtre. Pas le temps d’aller loin dans les études parce que nous devons être prêt à l’emploi. Pas le temps de lever la tête, pas le temps de voire la crise arriver et le chômage avec. Et pourtant nos mamans ne sont pas responsables de la crise économique, du circulaire guéant. Nous sommes les seules responsables.

Certains dirons que je suis atteint du « syndrome de Samba Diallo » et que je remets en cause le « liggeyu ndey » (le travail, les efforts et les sacrifices de la mère). Je dirais plutôt qu’il faut lui associer le liggeyu bay (le travail, les efforts et les sacrifices du père), et le « liggeyu njiitu réew » (le travail, les efforts et les sacrifices du président, les autorités de façon plus générale ».

Je pense aussi que nous avons tout faux d’envoyer de l’argent tous les mois à nos parents, nous devons plutôt essayer d’investir, d’entreprendre et d’encourager leur émancipation. Nous devons prendre exemple sur les Chinois et les Israélites, qui en plus d’être très famille et très solidaires, investissent beaucoup dans la création d’entreprises chez eux ! Ce qui leur valent l’appellation de diaspora entrepreneuriale. Au même moment nous sommes affabulés de l’appellation diaspora «racio-culturelle» et les arméniens de diaspora exopolitique. Nous devons épargner pour créer des entreprises au Sénégal, cela nous permettra de nous prémunir contre la crise à répétition en Europe et de la montée du nationalisme ou des partis nationalistes.

Je suis triste d’apprendre que beaucoup de Sénégalais en Espagne ont perdu leur emploi, en Grèce aussi, en Italie et j’en passe. Le simple envoi par Western Union tous les mois ne contribue pas à développer un pays. Il faut créer des entreprises et encourager l’investissement des expatriés.

Et si pour la construction de l’arène nationale, l’État demandait aux expatriés d’acheter des actions. Et si l’État encourageait la construction dans chaque ville du Sénégal une salle de cinéma dont l’investissement est à 100% celui des « modu-modu » et des « fatu-fatu » ? Et si on captait une partie de l’épargne des « modou-modou » pour la création d’entreprises d’assainissement et de lutte contre les inondations.

Avec des si on refait le monde. Et si j’arrêtai d’écrire…

GBF

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3 Commentaires

Classé dans Actualités, Culture et Société, Economie et Politique

3 réponses à “Le syndrome du western union ou de l’aliénation financière

  1. Merci Boubacar ! N’arrête surtout pas d’écrire. M.W.

  2. oulimata

    Tres interessant et instructif!! Merci 🙂

  3. moussa

    SI …..tu arretes d’écrire ….tu refais pas le Monde…
    Si … tu refais pas le monde ….c’est qu’il n’a pas de raison d’exister …
    Moussa

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