Comment Saaxewar apprit aux fainéants à travailler

Il y a bien longtemps de cela, un peuple de grands fainéants vivait au bord du « Bon Fleuve ». Le sol y était fertile et bien humidifié par l’eau du fleuve, si bien que le bétail paissait seul dans les pâturages verdoyants.

Les femmes faisaient le peu qu’il y avait à faire, quant aux hommes, ils ne faisaient que paresser et boire de la bière.

Un jour, un étranger arriva au pays du « Bon Fleuve ». Il ne s’occupait de personne, ne cherchait pas d’amis, mais ne dérangeait personne. Il se construisit une belle maison, très spacieuse, et travailla sans relâche, du matin au soir.

Cela finit par déranger certains. Non parce qu’il avait pris la terre sans en demander la permission puisqu’il y en avait assez pour tout le monde, ni parce qu’il chassait et pêchait car il y avait assez de gibier dans la steppe et de poisson dans le fleuve.

C’était son attachement au travail qui ennuyait les gens. Ainsi, on le surnomma Saaxewar, le travailleur. L’étranger devint la risée des hommes qui, à force de se moquer de lui, finirent par le détester. Ils disaient : « Curieux personnage ! Il ne parle avec personne et ne fait que travailler. On ne peut rien espérer de bon d’un tel individu ».

Un jour, ils organisèrent un grand rassemblement auquel ils invitèrent également l’étranger Saaxewar. À cette occasion, le sorcier s’adressa à l’assemblée : « Depuis peu, un curieux étranger s’est installé dans notre pays. Il ne salue personne et ne parle à personne. Il s’est construit une maison et a pris notre terre. Il chasse dans notre steppe et pêche dans notre fleuve et surtout, il travaille sans relâche. Or, le travail n’est pas l’affaire des hommes, les femmes sont là pour cela. Cet étranger introduit de nouvelles mœurs chez nous, offensant le « Bon Fleuve » qui nous nourrit. Qu’allons-nous faire de lui ? »

Tous se mirent à crier : « Qu’il s’en aille ! Nous ne voulons pas de lui parmi nous ! ».

Saaxewar prit la parole et parla en ces termes : « Écoutez ce que j’ai à vous dire. Avant que je m’installe parmi vous, le grand « Rëg-Rëg » m’est apparu en rêve pour me demander d’aller vous trouver et de vous apprendre à travailler. Vous êtes fainéants, et votre paresse finira par vous coûter la vie. Je suis là pour empêcher cela ».

Exaspérée, l’assemblée hurla de plus belle. « Je vois que vous courez à votre perte », conclut Saaxewar.

Il quitta alors le beau pays du Bon Fleuve. Pendant longtemps, on n’entendit plus parler de lui. Un jour cependant, des gens qui redescendaient le fleuve, revinrent avec des nouvelles de Saaxewar. Après s’être installé plus en aval, il avait acheté vingt femmes avec lesquelles il charriait de lourdes pierres et des troncs d’arbres pour les précipiter dans le fleuve, à l’endroit où il était le plus étroit. Les fainéants rirent de bon cœur : « Saaxewar est devenu fou. Le travail lui a ôté la raison ».

Ils ne rirent pas longtemps. La saison des pluies vint et le fleuve déborda. À chaque saison des pluies, l’eau montait dans le fleuve, inondant les environs. Par la suite, le fleuve retournait dans son lit, laissant derrière lui un limon fertile. Or cette fois-ci, l’eau ne baissait pas, tout au contraire.

L’inondation progressait, détruisant les maisons, tuant hommes, femmes, enfants et bétail à son passage.

Ce fut seulement à cet instant que les hommes comprirent que Saaxewar s’était vengé en construisant un ouvrage sur le fleuve avec ses femmes, barrage qui transforma la vallée en un grand lac.

Désespérée, la population fuit l’inondation dans la forêt et, une fois passée la saison des pluies, elle revint dans la vallée pour y reconstruire de nouveaux villages, labourer de nouveaux champs et élever de nouveaux troupeaux au bord du lac.

C’est ainsi que les hommes les plus sagaces commencèrent à comprendre que pour Saaxewar, il ne s’agissait pas de vengeance. En réalité, il les avait sauvés en accomplissant le vœu du grand « Rëg-Rëg » qui était de leur apprendre à travailler.

Ainsi, les hommes qui vivaient au bord du lac qui se forma sur le « Bon Fleuve » cessèrent de paresser et devinrent des travailleurs. Depuis ce temps, le peuple de cette contrée vénère Saaxewar. Il lui fait des offrandes et l’appelle au secours le cas échéant, comme s’il était un dieu.

Sadio Sangharé

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