Réveillez le colosse qui sommeille en vous

En ce 7 février, nos pensées et nos célébrations sont tournées vers Cheikh Anta Diop qui entre dans sa 26e année d’immortalisation. En effet, c’est le 7 février 1986 que le plus grand savant du 20e siècle a entamé son repos éternel. Nous retenons de lui sa détermination à chasser l’éclipse artificielle, installée par la production intellectuelle occidentale, qui cachait l’histoire de l’Afrique devenue soudainement sans solution de continuité. Ses efforts furent couronnés de succès et son œuvre a fait des petits à travers le monde en vue d’imprimer dans l’inconscient collectif des Africains une conscience historique au-delà des imaginaires fragmentées dont ils sont porteurs suite aux diverses agressions eurasiatiques au fil des siècles. Souvent perçue comme une entreprise de défalsification de l’histoire de l’humanité, son œuvre est rarement présentée sous une lecture politique ou économique.

 

Depuis quelques décennies, nous sommes accoutumés très largement à la logique du « retard » de l’Afrique face au reste du monde. Ainsi, on nous propose comme remède à ce retard une batterie de politiques de « développement » ayant comme obscure vertu d’effectuer une dynamique de « rattrapage » des pays dits « développés ».

Généralement, cette suggestion est savamment distillée dans notre esprit au cours de notre parcours scolaire et dans des domaines d’études spécialisés tel que « l’économie du développement ».

En clair, il s’agit de nous convaincre de l’existence scientifique de lois naturelles d’un prétendu processus de maturation diachronique dont seraient soumises nos activités économiques selon un schéma linéaire allant d’étape en étape à partir d’une société primitive vers une société industrialisée. L’idée est de présenter le projet de « développement » aux Africains en faisant l’analogie avec le processus de maturation d’un enfant dans le ventre de sa mère qui va d’une forme embryonnaire vers une complexification jusqu’au stade de l’enfant pleinement constitué. Par conséquent, nos sociétés sont décrites selon la pensée occidentale comme étant en cours de complexification vers le modèle occidental qui est à suivre. De ce fait, le cadre fixé à travers lequel s’effectueront toutes nos activités politiques et économiques est l’Évolutionnisme Social.

 

Cependant, Cheikh Anta Diop avait cerné la supercherie de ce cadre dans lequel on avait voulu enfermer l’Afrique, et dans lequel nous sommes encore aujourd’hui d’ailleurs, car il maintient artificiellement toute l’Afrique dans une hibernation artificielle dans la mesure où le credo est l’exportation les matières premières sous le prétexte de recevoir des devises afin de financer notre « développement ». Le piège est si parfait car la sémantique utilisée, le développement, est inattaquable. En effet, comment peut-on être contre le développement? Contre le désir de se développer? Soi-disant. Cet écran de fumée sémantique pavera la voie sans résistance à la cannibalisation de nos économies pendant plusieurs décennies.

 

En réponse à ce panier à crabes, Cheikh Anta Diop martèle plutôt que l’Afrique a subi un processus de régression et qu’il est faux de lire sa trajectoire historique à travers le prisme de l’évolutionnisme social, décrit ci-haut. Il propose plutôt des politiques de refondation du tissu social. Au lieu d’orienter les activités économiques sous l’angle de la rentabilité externe (exportation des matières premières, etc.), Cheikh Anta Diop nous invite à mettre en valeur nos richesses sous l’angle de la rentabilité interne grâce à une économie de production qui satisferait en priorité les besoins du marché intérieur en différents produits finis tout en abandonnant l’économie d’extraction dans laquelle nous sommes englués depuis un bon moment. C’est en ce sens que son ouvrage « les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique Noire » est entre autre d’un grand intérêt. Appliquer la médecine de Cheikh Anta Diop impliquerait un effondrement total du système de cannibalisation de nos économies et priverait, ainsi, les vampires occidentaux au col blanc et leurs acolytes africains des profits colossaux. Par conséquent, on comprend mieux la conspiration du silence qui ceinture l’ensemble de l’œuvre de Cheikh Anta Diop et le récurrent dénigrement auquel il fait face, même longtemps après sa mort, afin de ne pas éveiller les consciences. Malgré tout, Cheikh Anta Diop en inspire plusieurs et son message suivant a suscité bien des vocations: « l’Africain qui m’aura lu est celui là même qui verra se réveiller le géant qui sommeille en lui« .

 

Ainsi, le cadre à travers lequel doit se faire cette grande transformation est celui de la Renaissance Africaine. Renaître après un processus de régression jamais égalé dans notre histoire, afin de reprendre l’initiative historique. Mais déjà plusieurs forces tentent de galvauder ce concept de Renaissance en lui donnant quelques teintes qui cachent mal des intentions de sabotage. En effet, plusieurs récupèrent ce concept de Renaissance pour recycler le concept de « développement » afin de lui donner un nouveau visage plus attrayant à court terme avec des slogans « d’émergence », de « développement durable » et d’autres curiosités lexicales de même acabit toutes aussi creuses les unes que les autres. Ce maquillage, qui fait apparaître la Renaissance sous un faux jour, accélère dangereusement le processus de cannibalisation de nos économies notamment dans le dossier hautement stratégique du hold-up organisé des terres arables en Afrique. C’est au nom de ces nouveaux slogans que les élites au pouvoir confisquent des terres par milliers d’hectares aux petits agriculteurs pour le profit des intérêts extra-africains tel que décrit dans l’audio suivant: http://www.youtube.com/watch?v=FgGg-r1caTw

 

Bref, il faut retenir que les sociétés africaines ne sont pas en retard et n’ont pas de ce fait à rattraper quelques sociétés que ce soient. Les sociétés africaines, prospères jadis, ont connu une régression suite à diverses agressions eurasiatiques hyper violentes. Par conséquent, la médecine de redressement à appliquer va dans le sens de la refondation du tissu social selon les recommandations prescrites par Cheikh  Anta Diop dans ces différentes œuvres telles que, par exemple, « Alertes sous les tropiques » ou « les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique Noire« .

Somme toute, l’ensemble de l’œuvre de Cheikh Anta Diop ne doit pas seulement être lu sous l’angle de la défalsification de l’histoire mais aussi sous son aspect politique et économique.

 

 

Nzwamba Simanga

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Classé dans Economie et Politique

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