L’Unité culturelle de l’Afrique Noire

Ce texte est extrait du livre du Professeur Cheikh Anta Diop « L’unité culturelle de l’Afrique noire », en s’appuyant sur des preuves scientifiques fait une comparaison du berceau méridional (Afrique) et du berceau nordique (Occident).

En conclusion, le berceau méridional confiné au continent africain en particulier est caractérisé par la famille matriarcale, la création de l’Etat territorial, par opposition à l’Etat-Cité  aryen, l’émancipation de la femme dans la vie domestique, la xénophilie, le cosmopolitisme, une sorte de collectivisme social ayant comme corollaire la quiétude allant jusqu’à l’insouciance du lendemain, une solidarité matérielle de droit pour chaque individu, qui fait que la misére matérielle ou morale est inconnue jusqu’à nos jours ; il y a des gens pauvres, mais personne ne se sent seul, personne n’est angoissé. Dans le domaine morale, un idéal de paix, de justice, de bonté, un optimisme qui élimine toute notion de culpabilité de péché originel dans les créations religieuses et métaphysiques. Le genre littéraire de prédilection est le roman, le conte, la fable et la comédie.

Le berceau nordique confiné à la Gréce et à Rome est caractérisé par la famille patriarcale, par l’Etat-Cité (il y avait dit Fustel de Coulanges, entre deux cités, quelque chose de plus infranchissable qu’une montagne) ; on voit aisément que c’est au contact du monde méridional que les nordiques ont élargi leur conception étatique pour s’élever au niveau de l’idée d’un Etat territorial et d’un empire. Le caractére particulier de ces Etat-Cités en dehors desquels on était un hors la loi, développa le patriotisme à l’intérieur, ainsi que la xénophobie. L’individualisme, la solitude morale et matérielle, le dégoût pour l’existence,  toute la matiére de la littérature moderne qui même sous ses aspects philosophiques n’est autre que l’expression de la tragédie d’une vie dont le style remonte aux ancêtres sont l’apanage de ce berceau.

Un idéal de guerre, de violence, de crime, de conquêtes hérité de la vie nomade avec comme corollaire un sentiment de culpabilité ou de péché originél qui fait bâtir des systémes religieux ou métaphysiques pessimistes est l’apanage de ce berceau.

Le progrès technique et la vie moderne, l’émancipation progressive de la femme moderne sous l’influence même de cet individualisme, tant de facteurs rendent difficile l’effort nécessaire pour se rappeler l’antique condition de serve de la femme aryenne.

Le genre littéraire par excellence est la tragédie ou le drame. L’Africain depuis les mythes agraires d’Egypte n’est jamais allé au delà du drame cosmique.

La solidarité africaine n’est pas une solidarité scientifique, celle ci étant aussi efficace que dépourvue de chaleur humaine. Elle pourrait enrichir le socialisme scientifique de ce dernier facteur.

L’angoisse sociale dont il est question ci-dessus est issue de l’insécurité matérielle et de la solitude morale ; elle est absolument distincte de la déception et du malaise intellectuel et moral du savant moderne.

Le savant fut tranquille pendant tout le régne du systéme géocentrique, –  c’est à dire jusqu’à la Renaissance. Puis la découverte de l’infini vient bouleverser sa raison et même sa conscience. Dans sa nouvelle conception de l’univers en élan, les galaxies qui basculent dans le néant à des distances que l’on ne peut chiffrer qu’en années-lumiéres, l’immensité de la durée en regard du phénoméne humain, lui donne le vertige intellectuel. Il est écrasé par l’infini de l’espace et de la durée. Il est déçu par la position périphérique de l’homme dans l’univers, par sa présence purement accidentelle. Il a tendance à se demander avec Salomon si tout n’est pas une pure vanité.

Pourtant il faut que les choses aient un sens ; le labeur du savant doit s’insérer dans le cadre d’une activité générale hautement utile pour la civilisation et pour l’univers, sinon ce serait le régne de l’absurde à l’échelle du cosmos. Comment échapper à cette fatalité ? Quinze milliards d’années, la durée de vie que les avants assignent aujourd’hui au systéme solaire ; puis le soleil s’éteint ; s’il n’a pas éclaté d’ici là pour engendrer une mort générale par le feu, ce sera une mort par le froid. Et puis, peut être, au bout d’une durée incommensurable, le même cycle s’ébauche de nouveau absurdement quelque part dans l’espace et repasse par les mêmes phases. Il faut que le savant trouve le moyen d’écarter cette éventualité déconcertante à laquelle le conduisent ses propres investigations, la volonté indestructible de percer l’inconnu.

Ici, également le passé culturel des nations et des peuples peut influer ses les perspectives pessimistes ou optimismes qu’on peut adopter pour donner un sens à l’activité supérieure de l’esprit humain, pour envisager l’avenir de l’espéce.

Dans le « PHENOMENE HUMAIN », le Pére Teilhard de Chardin, dans un effort gigantesque de synthése, essaie de démontrer que l’évolution va nécessairement vers un but ; mais le but en question est métaphysique et ne satisfait pas le savant soucieux de concret, et de ce qui est tangible. La question est si déconcertante que beaucoup de savants occidentaux (physiciens, mathématiciens, biologistes) en arrivent à un vague déïsme.

On peut déduire de ce qui précéde que la plupart des futurs savants africains, compte tenu de leur passé culturel, appartiendrons plutôt à la catégorie qui adopte une perspective optimiste raisonnée.

Peut être penseront-ils qu’une fois l’humanité réalisée au lieu de mourir d’ennui dans le plus complet désœuvrement, l’homme se rendra compte que sa tâche ne fait que commencer. Il découvrira alors qu’il est absolument dans ses possibilités bien avant 15 milliards d’années de reflexion, de domestiquer le systéme solaire et d’y régner jusqu’à la planéte périphérique de Pluton, d’une façon pratiquement éternelle. Y arrivera-t-il peut être en nourissant le soleil par des satellites précaires formés avec la matiére sidérale qui finissent par tomber dans sa masse, ou peut-être en restituant au soleil l’énergie rayonnée en accélération des noyaux d’hydrogéne à partir d’immenses champ électro-magnétiques artificiels ? Refuser la mort thermodynamique, stabiliser le systéme solaire, le protéger des météorites dangereux, solidifier les planétes gazeuses, réchauffer celles de la périphérie pour les rendre habitables, empêcher l’apparition et la prolifération de monstres biologiques, controler les climats et l’évolution des planéte, découvrir et entretenir toutes les routes praticables du systéme, communiquer avec les étoiles proches de la galaxie, créer un surhomme à vie plus longue, telles seront peut être les préoccupations enthousiastes du savant de demain. La vie aurait ainsi à sa maniére triomphé de la mort, l’homme aurait réalisé un paradis pratiquement éternel, il aurait triomphé par la même occasion de tous les systémes métaphysiques et philosophiques pessimistes, de toutes les visions apocalyptiques du destin de l’espéce. Une étape grandiose de l’évolution de la conscience humaine serait franchie. L’homme apparaitrait comme un Dieu en devenir au sens hégélien.

L’univers de demain, selon toute vraisemblance sera imprégné de l’optimisme africain.

Cheikh Anta Diop (Unité culturelle africaine – Conclusion page 185 à la page 187)

Article proposé par la CSC de NVA

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Classé dans Culture et Société

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