Editorial – Le Progrès en Afrique

A titre de thème pour la seconde Edition des 72h de Njàccaar Visionnaire Africain, les membres de cette association ont choisi de se poser la question: « Le progrès en Afrique : quelles actions, avec quelles re-sources ? ».  Aujourd’hui, pour sa 7ème parution, le Courrier du Visionnaire Afric1 fait sienne cette interrogation, autour de laquelle tourneront tous les sujets de son présent Numéro 7. Objectifs ? D’une part, approfondir la question, d’autre part contribuer à sa manière aux réflexions sur le sujet.

Pourquoi la question du progrès ? Le progrès, parce qu’avoir le sentiment que tout est figé, c’est bien pis que de constater qu’aucun changement ne s’opère. Combien de fois entend-t-on ça et là  : « c’est comme ça », « c’est toujours pareil », « on n’y peut rien », ou  encore « ça ne changera jamais » ? Ces cinquante dernières années notamment, combien de fois des Africains se se sont-ils battus pour telle ou telle cause pour qu’in fine,  au crépuscule de leur vie, ils laissent paraître, las d’avoir combattu, déception et découragement sur leurs visages avant si confiants et luisants d’espoir ? A présent profondément convaincus, au vu de la lassitude empreignant leurs visages, que cela n’aurait servi à  strictement rien, si ce n’est aux intérêts d’une oligarchie ingrate et amnésique ?

Il ne s’agit nullement ici de remettre en question leurs sentiments et leurs points de vue. Mais il s’agit de comprendre la légitimité de ceux-ci. Comment l’émigré africain, qui retourne dans son pays, pourrait-il lui aussi réagir autrement, si en longeant les mêmes trottoirs de son enfance, il réalise l’omniprésence de ces mêmes nids de poule dans lesquels venait loger son ballon de football ? Hum ! Pourquoi le progrès ? Cet émigré aurait-il plutôt souhaité que, des années après, une fois retourné au pays, la vendeuse d’arachide du carrefour de son quartier ait levé le pied, à présent et une génération plus tard, aidée par sa fille ?

Hommes politiques et promesses se succèdent, mais les difficultés perdurent. Les indicateurs disent que l’économie du pays se porte bien, et pourtant le chômage ne cesse d’augmenter, le pouvoir d’achat diminue, l’accès au logement et aux soins devient un luxe, bref la « richesse » globale croit avec les disparités.

Pourquoi le progrès ? Le progrès parce que des promesses sans lendemain, des projections irréalistes du genre « en 2000 Dakar sera comme Paris », et des mots comme « émergence », « développement » et « bonne gouvernance », à la longue, cela fatigue, cela use des populations sans cesses déplacées, affamées, appauvries, manipulées, et ce pour des raisons arbitraires énoncées comme universelles, dépossédées de leurs dernière propriétés : leurs cultures.

Des actes concrets et cohérents, graduels et dans la continuité, voilà une idée du progrès qui pourrait convenir à une majorité d’Africains. Tirer les leçons du passé, erreurs comme succès, composer avec la géographie, observer, puis exercer les efforts requis sur la nature et sa nature : l’Homme Africain pourra ainsi trouver les moyens de  subvenir, seul, à ses besoins, sinon comme un grand du moins comme tout un chacun, puis, enfin, sortir des mécanismes de dépendance qui le maintiennent dans la subordination au lieu de l’y soustraire. Quitter un niveau pour un autre, voir l’évolution et la ressentir, ceci n’est pas un rêve mais une très possible réalité, et surtout un champ de possibles qui s’offre particulièrement à des millions de jeunes Africains.

Il faut cependant et malheureusement du temps, voire des moyens, pour s’en rendre compte, or l’horloge tourne.

Il devient également difficile aujourd’hui de faire lire « La Françafrique », de François Xavier Verschaves, même au plus engagé et au plus diplômé des Africains francophones. Ailleurs, au lieu de rebâtir les systèmes de cotisations usuels telle la tontine, qui a fait ses preuves, combien de femmes ne courent-elles après les organismes de microcrédit ? En lieu et place de créer des écoles nationales, sous-régionales ou régionales combien de pays africains n’envoient-ils pas la crème de leur jeunesse, à la fleur de l’âge,  aller allonger, indignement, les longues files des demandeurs de visas des préfectures françaises, pour ne prendre que l’exemple du pays de De Gaulle ? Ces fléaux sont des conséquences et non des causes des difficultés que rencontrent le plus vieux continent. La cause c’est que la majorité de ses pays ne sont pas complètement souverains et ils ne le sont pas par manque de courage et d’audace mais encore et surtout d’authenticité. C’est en s’enfonçant dans la terre nourricière que l’arbre s’élance vers le ciel et s’étale en surface. Enfin le passé doit servir de guide pour préparer le futur ne serait-ce pour éviter de tomber dans les mêmes travers. Un retour au passé n’est plus une régression mais devient une progression. Un retour aux ressources présentes dans l’environnement, sol et sous-sol, permettrait de s’émanciper des aléas et des caprices du marché internationale. Cela suppose par contre et au départ notamment une politique d’austérité. Ce dernier mot malgré son impopularité en Europe de nos jours a fait ses preuves en Afrique sous le mandat de Thomas Sankara au Burkina Faso et de Mamadou Dia. Tous les 2 ont obtenu des résultats en 4 ans que ni leurs prédécesseurs ni leurs successeurs n’ont pu atteindre : autosuffisance alimentaire pour le Burkina Faso sous Sankara et une balance commerciale excédentaire pour le Sénégal sous Dia.

Il ne s’agit encore une fois pas ici de clore ce sujet, et encore moins de fermer la porte à la réflexion sur ce que signifierait ce Progrès,  et donc, nous ne conclurons pas, mais pouvons dire que le progrès en Afrique c’est redéfinir un nouveau paradigme plus équilibré entre les Hommes d’un côté, et entre l’Homme et la nature d’un autre. Où le but recherché serait non plus l’accroissement et l’accumulation par la compétition, mais la recherche de l’équilibre par la coopération. La variété d’actions à mettre en place pouvant être comparée au même nombre d’africains peuplant cette planète, dépendant, dès lors, et de la volonté, et de la disponibilité à travailler, à agir, de ces derniers. Mais des constantes subsistent, comme : le défaut d’organisation, le manque de communication,  l’absence de lieux où échanger et  créer de saines émulations. Enfin il faudrait, tout un chacun, agir à son niveau, avec les moyens réels dont on disposerait, et non pas avec d’hypothétiques ressources, voire des « emprunts », car tout emprunt suppose un retour. Et l’histoire, lorsqu’on y prête attention et en tient compte, révèle  que le retour est trop souvent disproportionné par rapport à l’emprunt, et surtout, que pendant la durée du crédit, le débiteur ne peut que suivre la propre direction imposée par le créditeur.

Faram Fa Ce

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