72h de NVA Ed2 – Questions-Réponses au sujet du Braille et de l’handicap visuel

Doctorant en dernière année de thèse en Sciences de Gestion à l’Université de Montpellier 3, Pape Gning répond aux questions posées par le public lors de la séance d’initiation au braille pendant la seconde édition des 72h de NVA à Montpellier.

Q : Y-a-t il des supports spécifiques pour écrire en braille ?

R : Oui il y a un papier spécial beaucoup plus épais que les papiers utilisés normalement par les voyants. Il permet de bien mettre en relief les écritures étant donné que c’est à partir du touché que les aveugles lisent.

 

Q : Est-ce que ça coûte cher ou pas ?

R : Tout ce qui concerne le matériel des non-voyants coûtent chers non seulement pour leur spécificité mais aussi parce qu’ils sont financés.

 

Q : Est-ce que les gens qui corrigent ou donnent des cours aux aveugles sont des enseignants voyants simplement formés à la méthode braille ?

R : Tout à fait. C’est des enseignants comme ceux des autres établissements mais qui ont juste été formé en braille.

 

Q : Combien de temps est-ce nécessaire pour lire de façon littérale en braille ?

R : L’écriture peut être assimilée assez rapidement. La lecture en revanche prend beaucoup plus de temps. Les voyants n’ont pas besoin de développer leur touché pour lire le braille dans la mesure où ils peuvent voir les points. Les non-voyants quant à eux ont vraiment besoin de développer le touché. Il y a aussi le braille abrégé qui prend moins de place et qui est plus rapide.

 

Q : Au Sénégal avant de venir en France, y-avait-il les outils nécessaires pour suivre les cours en braille à l’université ou dans l’école où vous étiez?

R : Pour les études supérieures le matériel est quasi inexistant. L’université n’est pas encore prêt pour accueillir des non-voyants parce qu’ils n’ont toujours pas le matériel qu’il faut pour que les non-voyants puissent continuer les études. C’est la raison pour laquelle les bacheliers non-voyants n’ont d’autres choix que d’aller étudier à l’étranger, en France pour la plupart. A l’institut par contre, le matériel nécessaire existe bel et bien. C’est l’Etat du Sénégal qui alloue à l’Institut un budget de fonctionnement dans lequel réside une partie pour l’achat de matériels didactiques. L’école fournit ainsi le papier, les poinçons, les aiguilles et les cahiers.

 

Q : Est-ce que vous suivez entièrement votre scolarité à l’institut ? Ou bien vous apprenez seulement la méthode braille avant d’entrer dans des écoles classiques comme les voyants ?

R : L’Institut comprend un internat et s’arrête au primaire. Après l’entrée en 6ème « nous sommes orientés vers les collèges et lycées de Thiès » précise Pape. Ensuite les non-voyants et les voyants partages les mêmes classes. Les CM Ousmane NGOM, Mamadou DIAW, Idrissa DIOP sont des exemples. Après le BFEM (Brevet de Fin d’Études Moyennes), les élèves non-voyants vont directement au lycée. « Là-bas aussi on partage la même classe que nos camarades. Nous écrivons en braille et eux ils écrivent avec leurs stylos, c’est la seule différence » ajoute Pape.

 

Q : Est-ce que les professeurs qui vous corrigent au lycée sont formés en méthode braille ?

R : Non. Ils n’ont pas de compétences en braille mais dans chaque lycée ou dans chaque collège, il y a un enseignant spécialisé en braille qui transcrit les sujets pour les non-voyants d’une part et recopie  les copies des non-voyants pour les professeurs. «  La seule différence se trouve au bac. Vu que c’est des copies anonymes, on ne donne pas le papier en braille donc le correcteur ne sait même pas si c’est un valide ou non-voyant. »

 

 

 

Q : Comment l’écriture braille est transposée en informatique ?

R : Il y a 2 systèmes. Le premier est un ordinateur classique dans lequel le logiciel JAWS, une synthèse vocal, est installé et « tout ce que je touche il me le dit et tout ce qui apparait sur l’écran il me le lit ». Le deuxième est un ordinateur n’a pas de synthèse vocale mais est exclusivement en braille. C’est appareil avec des lignes. Si par exemple j’ai une clé, je l’insère dans l’ordinateur et tout ce qui s’y trouve, l’ordinateur me le sort en braille. Une imprimante en braille existe aussi, il sort des écritures en braille.

 

Q : Comment faites-vous pour écrire des formules en mathématiques ? Vous est-il possible de poursuivre des études en science ?

R : Souvent c’est la bête noire des non-voyants les mathématiques. Aucun des membres de l’AAPIJAS n’est dans un domaine des sciences exactes, que ce soit au lycée ou plus tard. Il est bien possible tout de même d’écrire les formules mathématiques en braille mais il convient de préciser la difficulté que cela représente pour les non-voyants.

 

Q : Juste par simple curiosité, auriez-vous une boîte e-mail ?

R : Oui.

 

Q : Comment faites-vous pour écrire l’arobase en braille ?

R : Il existe un signe en braille représentant l’arobase.

 

Q : Est-ce qu’au Sénégal il existe une législation qui permet ou impose de transcrire les textes et/ documents en braille ?

R : Non, il n’y en a pas. Le braille est très volumineux. Les enseignants transcrivent plutôt des extraits que l’intégralité des documents dont les non-voyants ont besoin. Au Sénégal le papier coûte cher, donc on préfère se limiter au minimum. En France par contre, tout ce que le non-voyant souhaite comme document il peut l’avoir en braille, même son relevé bancaire.

 

 

Q : Y-a-t-il des non-voyants qui font de la musique ?

R : Oui. Les notes de musiques en braille existent.

« Vous avez la feuille sur laquelle nous avons essayé de transcrire, est-ce que vous pouvez corriger pour voir si nous n’avons pas fait de bêtises? Rires. »

Pape Gning rappelle aux participants qu’ils peuvent ne pas s’arrêter au braille et demander aussi des précisions sur la vie quotidienne d’un non-voyant. « N’hésitez pas à poser des questions sur la vie quotidienne d’un non-voyant».

 

Q : Est-ce que le petit point sur la lettre « J » du clavier est destiné aux aveugles afin qu’ils puissent se repérer ?

R : Les points ou tirets sur les touches « J » et « F » nous permettent de nous repérer. Quand les non-voyants se forment en informatique, il leur demander de mettre les deux index sur ces deux touches et leurs autres doigts sur toute l’étendue du clavier. Ainsi ils utilisent les 10 doigts de la main.

 

Q (Facebook) : Y-a-t’il une différence entre la transcription en braille de l’alphabet grecque et l’alphabet arabe?

R : Oui il y a une différence. Les Arabes ont adapté le braille à leur mode d’écriture. Vu que je n’ai pas appris le braille en arabe, je ne saurai vous en dire plus.

 

Q : Est-ce que le braille a été adapté à des langues africaines ? Comment vous vous êtes sentis marginalisé au Sénégal ? Si oui comment pensez-vous qu’on pourrait y remédier ?

R : Des gens écrivent le wolof en braille mais en utilisant l’alphabet français par exemple. Les besoins des non-voyants sont énormes car il n’existe pas de politique de prise en charge. La marginalisation est prégnante, il ne faut pas le nier mais elle s’explique majoritairement par l’ignorance. La population ne nous côtoie pas assez pour nous connaître. Les non-voyants sont souvent associés à la mendicité or depuis que des structures telles que l’Institut des Jeunes Aveugles du Sénégal existent, les non-voyants et leurs familles sont sensibilisées partout de plus en plus dans les coins les plus reculés du pays pour que ceux-ci intègrent ces structures pour bénéficier d’une éducation.

Même le diplôme en poche, le non-voyant est toujours confronté à des difficultés pour s’insérer professionnellement. Les gens agissent plus par pitié que par devoir, alors qu’ils devraient quand même faire confiance aux diplômés. Or la pitié tue l’effort. En France les gens agissent par devoir, si tu dois avoir quelque chose tu l’as.

L’égalité des chances fait qu’une fois tu as des compétences, tu as des chances de t’en sortir.

Un de mes prédécesseurs donne des cours de droit à l’université de Caen. Donc pourquoi en France on nous fait confiance, et chez nous non ? Cela prouve l’existence de cette marginalisation. Nous avons quand même rencontré les autorités sénégalaises. L’AAPIJAS a rencontré le président de la République du Sénégal à 2 voire 3 reprises à Paris. Cela a fait avancer les choses dans la mesure où on compte maintenant la loi d’orientation du handicap qui a été voté à l’Assemblée Nationale du Sénégal à l’unanimité même si elle n’est toujours pas promulguée.

Mais tous les handicapés au Sénégal souffrent de la marginalisation et des structures de prise en charge inexistantes ou inadaptées. A l’université par exemple, j’ai entendu les handicapés physiques se plaindre de l’absence d’ascenseurs car ils sont incapables de monter les escaliers alors qu’en France partout où il n’y pas d’ascenseurs il y a une pente qui te permet de monter ou de descendre. En France tout ou presque est prévu mais en Afrique ça tarde et la volonté politique fait vraiment défaut.

C’est la volonté politique qui permet à tout un citoyen d’être indépendant.

 

Q : Comment font les étudiants non-voyants pour lire les œuvres au programme philosophique ou sociologique par exemple ?

R : Auparavant les œuvres étaient principalement lus et enregistrées en sonore. Depuis peu, un site Internet canadien regroupe toutes les œuvres disponibles en formule numérique. Un non-voyant qui veut lire tel bouquin va dans ce site, télécharge l’œuvre souhaité ensuite le met dans son ordinateur en braille. Il parvient ainsi à lire les œuvres au programme ou tout simplement celles qu’il aimerait lire. Dans les facultés, c’est très difficile voire très rare de trouver des œuvres en braille.

L’exposé a été clair et concis. Les participants ont été alors conviés à se rapprocher de Pape, à prendre éventuellement ses coordonnées et lui poser des questions au besoin, car c’est ainsi et seulement ainsi que tous ensembles nous viendront à efficacement bout de la marginalisation des non-voyants dans les sociétés africaines.

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Classé dans Culture et Société

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