Le fleuve secret de Kate Greenville

L’Australienne Kate Grenville est une figure de proue contemporaine de la littérature de son pays. Distinguée dans plusieurs prix et concours internationaux, l’auteure de « The Idea of Perfection » (2000) éblouie ses lecteurs par la fluidité de son style et la pertinence des traits descriptifs de ses personnages dont la plupart sont des figures ordinaires engagées dans la recherche d’une identité.

La quête identitaire est, de fait, ancrée dans l’imaginaire des peuples. Les nations comme les hommes semblent se forger grâce à ce sentiment englobant qui distingue de l’Autre et assure la pérennité de l’être. Se sentant menacée dans ses valeurs profondes, la France lançait en 2009 un débat, certes controversé, sur son identité nationale. Quant à l’Australie, également une terre d’immigration, elle est encore un grand chantier pour l’achèvement d’une identité qui prendrait en compte ses populations minoritaires, notamment la population autochtone des Aborigènes.
En 2001, lors de la marche symbolique du Centenaire de la Fédération du pays, la surprise de Kate Grenville fut grande de s’apercevoir que tout autour d’elle, il y avait tant d’Aborigènes qui se réclamaient eux aussi de l’Australie. « Je ne savais pas qu’il y en avait autant » dira-t-elle. Dès lors son projet littéraire prend les envergures d’une enquête sur la légitimité de la présence des blancs sur cette terre. Mais Grenville veut surtout comprendre les tensions sociales et raciales liées aux Aborigènes. Ce dessein est abordé dans une trilogie dont le dernier volume « Sarah Thornhill » vient d’être publié en Août 2011 chez Canongate. Le premier volet, « The Secret River » (2005), évoque les premières décennies de la colonisation de l’Australie et la rencontre du colon blanc avec la terre d’Australie. Une terre inconnue et hostile, objet de tous les fantasmes.
Le récit met en vedette William Thornhill, un piroguier sans envergures qui gagne sa vie comme passeur sur la Tamise. Écrasé par la pauvreté et les attitudes ostentatoires de la bourgeoisie Londonienne, William est aussi un adepte du petit banditisme. Pris en flagrant délit de vol de fret, il est puni par une déportation à vie dans les colonies australes. L’Australie est une terre rude et intransigeante, mais William est doublement motivé : il veut se débarrasser de son statut de félon et subvenir honnêtement aux besoins de sa famille. Il reprend alors du service comme passeur sur le fleuve et ne tarde pas à remarquer un coin paisible aux terres fertiles où il pourrait s’installer avec sa petite famille. Ses ambitions sont vites réalisées puisque sur cette « terre vierge », il suffit de prendre ses quartiers sur un lopin de terre, s’y installer sereinement et défier tout autre qui le convoiterait. Le drame s’invite alors dans le roman puisque les ambitions de Thornhill sont en butte avec les traditions des Aborigènes qui, n’ayant aucun signe visuel qui montre les limites de leurs territoires, se retrouvent dépossédées de leurs terres ancestrales. Le choc culturel est inévitable et le conflit devient imminent quand Thornhill et ses congénères colons se sentent menacés par la présence des Aborigènes et commencent à les prendre à partie.
O’Kor Sigah

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