17 Décembre 1962, le jour où tout bascula

17 décembre …. 1962 ! 5 hommes dignes et intègres, des patriotes fous amoureux du Sénégal et de l’Afrique ont été INGÉNIEUSEMENT accusés de coup d’état ou de complicité, SOUDAINEMENT arrêtés, INJUSTEMENT jugés, TENDANCIEUSEMENT condamnés et INHUMAINEMENT emprisonnés avant d’être LÂCHEMENT « graciés » 12 ans plus tard pour certains voire 5 ans pour d’autres.

Je parle de Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Alioune Tall et Joseph Mbaye, respectivement à l’époque, président du Conseil du Gouvernement, ministre des finances, ministre du Développement, ministre délégué à la présidence du Conseil et chargé de l’information dans le gouvernement et ministre des Transports et des Télécommunications.

INGENIEUSEMENT accusés, SOUDAINEMENT arrêtés …

Devenus trop gênant pour les ennemis de la république du Sénégal, Mamadou Dia et ses 4 camarades on fait l’objet de plusieurs attaques. Et Léopold Sédar Senghor, alors président de la République du Sénégal, et ses alliés eurent finalement raison d’eux en accusant le premier de tentative de coup d’état et les derniers de complicité. Pourquoi ? Comment ?

Pour comprendre le pourquoi  il faut revenir un peu en arrière. Au lendemain de l’éclatement de la fédération du Mali, Senghor et Mamadou Dia sont seuls, face à face, avec le destin politique du pays de la « Teranga » entre les mains.

Dia propose à un Senghor de faire comme tous les autres pays africains indépendants, c’est-à-dire mettre en place un régime présidentiel fort où Senghor en serait le président et où Dia serait soit le premier ministre soit le chef du parti mais pas les deux en même temps.

Senghor refusa et dit que le Sénégal n’était pas comme les autres pays et avait besoin du couple au devant de la scène. Il ajouta que c’est Dia qui maitrisait les questions sociales et surtout économiques du pays. Senghor proposa alors un régime bicéphale où il serait le président d’honneur qui superviserait seulement et où Dia serait le chef du conseil avec les pouvoirs du président actuellement au Sénégal. Aussitôt dit aussitôt fait.

Comment ? En demandant aux députés remontés contre Dia  de déposer une motion de censure pour le destituer de son poste de président du conseil, celui qui en réalité avait tous les pouvoirs exécutifs dans le régime bicéphale du Sénégal au lendemain de l’éclatement de la fédération du Mali qui eut lieu dans la nuit du 19 au 20 août 1960.

A cette époque la primauté des institutions, sur le parti était écrite dans la constitution, par contre dans les faits c’était le contraire. Du coup c’est le parti qui faisait et défaisait le président du conseil.

Un beau jour, les députés décidèrent d’agir autrement en déposant une motion de censure à l’assemblée. Mis au courant Mamadou Dia, leur demanda de déposer les requêtes devant les instances compétentes du parti et que si le parti le décidait ce dernier quitterait ce poste. Les députés refusèrent et Dia envoya les forces de l’ordre pour leur interdire l’accès de l’assemblée nationale. Avec le consentement ou à la suggestion de Senghor, ils tiendront le jour même finalement une assemblée extraordinaire dans le domicile de Lamine Gueye, soit-dit-en passant adversaire politique du couple Senghor-Dia quelques années auparavant.

Valdiodio en noir à droite et De Gaulle tout à droite.

Dia fut ainsi déchu et il sera arrêté chez lui. Au moment de l’arrestation, ses camarades qui étaient présents, refusèrent qu’on l’arrête lui tout seul et solidairement l’accompagnèrent en prison.

La famille de Valdiodio Ndiaye, composé de son épouse et de ses 3 enfants, sera expulsée dans des conditions déplorables 3 jours plus tard du territoire sénégalais alors qu’ils étaient Sénégalais et avaient la nationalité. « J’avais 10 ans quand on a arrêté mon père. Je ne l’ai revu qu’après mes 20 ans » dira Aminata Ndiaye Leclerc sa  fille dans le site d’information « l’Independant ».

INJUSTEMENT jugés, TENDANCIEUSEMENT condamnés …

Le procureur ne requit pas de peine à l’endroit des accusés et pourtant ils seront condamnés à 20 années de réclusion criminelle pour Ndiaye, Sarr et Mbaye d’une part et 5 ans pour Tall d’autre part.

Dia quant à lui est condamné à l’emprisonnement à perpétuité dans une enceinte fortifiée. Ils sont enfermés dans le centre pénitentiaire spécial de Kédougou.

INHUMAINEMENT emprisonnés …

Pendant leur séjour en prison, ils n’avaient le droit de voir leur famille que 2 fois par an tout au plus.

Avec les conditions économiques et sociales de l’époque, l’éloignement entre Dakar, la capitale, et Kédougou, les routes impraticables et l’avion hors de prix pour des familles amputées d’un père, d’un mari et d’un soutien financier. A ce propos la famille de Dia vivait en location et grâce au soutien des  proches et amis subitement, Ô combien réduits en nombre.

Les détenus n’avaient pas le droit de se voir, car les mûrs avaient été élevés dans ce but.

Ibrahima Sarr souffrait d’une maladie des voies urinaires mais Senghor faisait fi des diagnostiques de son médecin.

Dia souffrait d’une maladie des yeux et Senghor le savait vu que Dia voyageait souvent avant son emprisonnement pour se faire soigner à l’extérieur. Dia sortit aveugle de la prison de Kédougou, et 2 ans plus tard le 08 mars 1976, Ibrahima Sarr succombera de sa maladie aggravée par les conditions de détention.

LÂCHEMENT « graciés »

Alioune Tall fut le seul à purger la totalité de sa peine. A cause des pressions de tout ordre, africaines et internationales notamment, Senghor « gracia » les prisonniers.

En réalité il souhaitait absolument tenir un sommet à Dakar dans lequel la présence de Houphouet Boigny, président de la République de Côte d’Ivoire, était exigée. Or Boigny soumit sa présence à la condition de la libération des prisonniers de la crise de 1962. Senghor accepta et pour sauver la face les libéra 3 mois après le sommet.49 ans aujourd’hui !

Si j’écris c’est par reconnaissance et les remercier de s’être oubliés pour l’intérêt supérieur de tout un peuple, les Sénégalais, de toute une nation, le Sénégal.

J’écris également par devoir de mémoire et par-delà ce devoir pour irriguer tout mon être de leur exemple. En effet quand je pense à eux, ces bâtisseurs de Nation, symbole de la dignité humaine, à leurs actions et à leur détermination, je suis rempli de joie, de fierté et d’énergie, je suis rempli d’amour pour toute l’humanité et pour ce qu’elle offre de meilleur : ce genre d’êtres.

En tant que Sénégalais certes mais encore en tant qu’Africain et surtout en tant qu’Homme, je suis reconnaissant et fier de Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall, sans oublié tous les  vaillants oubliés de l’Histoire.

F.F.C.

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Classé dans Culture et Société

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