De l’actualité d’Antonio Gramsci sur l’intellectualisme: Entre théorie et pratique

Je voudrais tout d’abord exprimer toute ma désolation sur les événements qui se passent actuellement en Libye. Une fois encore, l’Occident a montré sa capacité à s’ingérer dans les affaires nationales des Etats souverains africains, et qui, au nom de la “démocratie” et de la “liberté,” cherche indubitablement à universaliser leurs “worldview” (vision du monde) et “system-value” (valeurs). Je ne vais pas entrer dans le débat de la responsabilité entre pouvoir et rébellion en Libye, tout ce qui me chagrine, c’est le “rushing in” des multinationales occidentales  dans le pays pour, soi-disant, “reconstruire” la Libye alors que c’est eux même (OTAN) qui l’ont détruit. Ironie de l’histoire. J’ai récemment entendu Alain Juppé (Ministre français des affaires étrangères)  dire qu’ils (OTAN) pour se réunir pour créer un “club des amis de la Libye”, un langage qui m’est cauchemardesque. Depuis quand la France se lie-t-elle d’amitié avec un pays Africain?

Revenons à Gramsci. Antonio Gramsci (1891-1937) est un écrivain, philosophe et activiste Italien. Il est également l’un des membres fondateurs du parti communiste italien et a été emprisonne par le régime fasciste de Benito Mussolini. Aujourd’hui figure incontournable dans le domaine des « Cultural Studies » (Etudes Culturelles), Gramsci a été l’un des plus grands philosophes marxistes du 20e siècle. Sa philosophie Marxiste reformée, très différente de celle de Marx lui-même, n’a pas attiré mon attention dans la rédaction de ce commentaire, mais plutôt la véracité de ses idées sur l’hégémonie culturelle et l’intellectualisme qui a traverser les âges et, qui plus est, concerne de surcroit notre monde contemporain.

Gramsci a été l’un des premiers penseurs (sinon le premier) a avoir fait la dichotomie d’une part, et la relation d’une part, entre théorie et pratique et le rôle que doit jouer l’intellectuel dans des moments aussi importants que les reformes sociales et les révolutions. Antonio Gramsci fait la différence entre ce qu’il appelle les ”intellectuels traditionnels” et les “intellectuels organiques”. Les intellectuels traditionnels, comme vous pouvez l’imaginer, sont ceux qui s’identifieraient a la bourgeoisie d’alors, ayant tendance a placer plus d’importance sur le capital et le matériel que sur l’éthique et la justice. Frantz Fanon est largement revenu sur cette question dans The Wretched of the Earth (Les Damnés de la Terre). Faisant le distinguo entre les besoins des intellectuels traditionnels (négocier avec le colonisateur) et celui des masses (finir a tout prix avec la colonisation), Fanon suggère que “what matters today, the issue which blocks the horizon, is the need for a redistribution of wealth. Humanity will have to address these questions, no matter how devastating the consequences may be” (W.E, 55). En d’autres termes, les intellectuels traditionnels bourgeois, “the bourgeois lumpen-intelligentsia” comme le dit E.P.Thompsom (3), ne voient pas leur intérêts dans la redistribution de la richesse que le matérialisme historique (Marxisme) a tant opposé au fil de l’histoire. Dans le contexte de décolonisation ou le colonisateur dit au colonise “If you want independence, take it and return to the Dark Ages,” (Fanon, 53), seuls des intellectuels organiques sont en mesure de politiser la masses et organiser la révolution. Parce que le colonisateur ou le néo-colonisateur “withdraw[s] his capital and technicians and encircle[s] the young nation with an apparatus of economic pressure” (Fanon, 54), l’Afrique postcoloniale a fort besoin d’intellectuels organiques comme voulus par Antonio Gramsci.

La différence entre l’intellectuel traditionnel/bourgeois et l’intellectuel organique c’est justement entre le gap qui existe entre l’individualisme occidental et le collectivisme des nos sociétés. Ce n’est cependant pas le collectivisme comme voulu par le communisme, mais une approche qui nous aiderait à revigorer nos valeurs traditionnelles d’éthique, de digne humaine, du consensus, car comme le signale Fanon, “the underdeveloped countries, which made use of the savage competition of the two systems (capitalisme et socialisme) to win their national liberation, must, however, refuse to get involved in such rivalry” (55). La politisation de la masse, c’est vraiment pas l’endoctrinement qui veut que l’on conçoit le monde sous un angle exclusivement matérialiste. Le danger avec cette approche, c’est que le citoyen commun ne donnera du crédit qu’au capitalisme avec toutes ses dérives. Ce dont la masse a besoin c’est une théorie conséquente comme dirait Gilles Deleuze, car une théorie qui ne s’accompagne de pratique est du “mere talk,” des paroles en l’air. Pour Michel Foucault par exemple, l’intellectuel ne doit plus être “somewhat ahead and the side in order to express the stifled truth of the collectivity, but rather, it is to struggle against the forms of power that transform him into its object and instrument in the sphere of ‘knowledge’. ‘truth’, ‘consciousness’, and ‘discourse’”. Dans le contexte postcolonial Africain, on voit comment le intellectuels sont cooptés par l’appareil d’état qui leur garantit aisance matérielle et confort, et du coup, ils vendent la lute légitime de la masse. J’ai une fois rencontré un étudiant Burkinabé lors d’une conférence  a New York, qui, discutant des décolonisations africaines, m’avait dit que notre bien aimé Senghor, l’homme de lettres, avait vendu la lute contre le colonialisme. Ayant de fendu Senghor sur le plan strictement culturel et civilisationnel,  j’ai, cependant, senti une part de verite dans ce qu’avait dit cet ami Burkinabé, d’où toute l’ambivalence de la question et/ou du moment postcolonial.

Ainsi, pour ce qui est de nos sociétés postcoloniales, une critique des nos élites est d’une nécessite criante. La solution a nos problèmes n’est seulement pas l’apanage des discours  élitistes et académiques, qui sont ghettoïsés dans des chaires d’universités. Mais à mon avis, la théorie doit rejoindre la pratique pour qu’enfin la masse soit des aliénées du Marxisme. Ce qu’il nous faut, nous Africains post coloniaux, c’est la théorisation d’un Post-Marxisme qui prendrait en compte le contexte bien spécifique à l’Afrique, et de le discriminer de celui de l’Occident qui a d’autres soucis. Ce qu’il nous faut, c’est une élite saine d’esprit, elle aussi des aliénés d’un certain mercantilisme. Un exemple patent de ce casserait indubitablement la quasi-totalité des Professeurs à l’université Cheikh Anta Diop. Des Professeurs “Bana-bana” qui ne voient que le profit et l’accumulation de capital, négligeant leur obligations avec l’académie, sacrifiant des générations d’étudiants a cause de leur esprit matérialiste. Nos intellectuels continuent de vendre la lute, pour reprendre la locution de mon ami. Au moment ou nous vivions l’hégémonie culturelle de l’Occident, seule une culturelle contre hégémonique de la part des sociétés postcoloniale peut aider à disloquer les nombreux circuits par lesquels le discours néocolonialiste continue de saper nos consciences et à accentué notre aliénation. La plus grande leçon qu’on peut tirer de la philosophie de Gramsci est l’Occident domine le monde, non plus par la puissance militaire (à quelques exception prés), non plus par l’hégémonie coercitive, mais l’hégémonie discursive (par les idées). Comme Fanon l’a si bien dit, la situation est tellement grave que le leader Africain postcolonial “is terror-stricken at the prospect of the long road that lies ahead. He appeals to the people and tell them: let us roll up our sleeves and get to work” (52). RETROUSSONS NOS MANCHES ET METTONS NOUS AU TRAVAIL.

Babacar Faye

Graduate Student/ American Culture Studies

Bowling Green State University, Ohio.

References.

Fanon, Frantz. The Wretched of the Earth.Trans. Richard Philcox. New York: Grove Press,

2004.

Gramsci, Antonio. Selections from Cultural Writings. London: Lawrence and Wishart, 1986.

“Intellectuals & Power: A conversation between Michel Foucault and Gilles Deleuze”

http://libcom.org/library/intellectuals-power-a-conversation-between-michel-foucault-and-gilles-deleuze, consulte le 23 Aout 2011.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Culture et Société

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s