Les lunettes de Charaudeau

« Les événements sociaux ne sont pas des objets qui se trouveraient tous faits quelque part dans la réalité et dont les médias nous feraient connaître les propriétés et les avatars après coup avec plus ou moins de fidélité. Ils n’existent que dans la mesure où ces médias les façonnent. [1] » Eliséo Véron

 

Certes les conditions de production du discours médiatique ont changé ces dernières années, mais cette citation reste toujours d’actualité. Pour mieux saisir le sens nous avons choisi de mettre les lunettes de Charaudeau Patrick qui, dans « « Le discours d’information médiatique : la construction du miroir social », analyse le discours sous trois pôles. Son analyse se rapproche de celle de la sociologie critique des médias et est centré sur les phénomènes langagiers.

Il commence par prendre ses précautions en parlant des médias et des enjeux de l’analyse du discours. La bête qui née de la communication n’est pas facile à cernée « toucher aux médias en tentant d’analyser le discours d’information n’est pas une mince affaire. Cela est même plus difficile que toucher au discours politique. Car, après tout il est admis dans le monde politique que le discours qui s’y déploie a partie liée avec le pouvoir et donc la manipulation. Alors que le monde des médias prétend se définir contre le pouvoir et contre la manipulation. Pourtant les hommes politiques utilisent les médias comme moyens de manipulation de l’opinion publique. » [2] Sa méthode d’analyse est au carrefour des analyses sociologiques et aussi des méthodes discursifs.

Se rapprochant de Habermas et de Michel Foucault, il scrute les phénomènes langagiers pour y détecter les mécanismes de construction de sens. Le discours d’information médiatique si on veut l’analyser, la conception doit être pluridisciplinaire. Ce que lui appelle la théorie des genres par opposition à une analyse qui ne permettrait pas de prendre en compte tout ce qui fait sens dans l’activité de « symbolisation » chez l’homme.

C’est ce qui nous conduit à comprendre dans sa démarche qu’il exclut le dogmatisme scientifique obéissant à « des lois qui reposent sur un principe unique et universel à ce qu’il tire son pouvoir dans sa propre clôture »[3]. Il en résulte alors une acceptation des cadres de pensées que l’on peut se référer mais aussi critiquer. Son objectif dans l’analyse discursif  est « de découvrir à travers l’observation des phénomènes langagiers, les mécanisme de construction de sens social et, particulièrement de la machine médiatique ».

Cette machine, au sens de dispositif complexe et producteur d’information, est analysée sous ces trois pôles qui le constituent : le « lieu des conditions de production », le lieu de la « construction textuel du discours » et le « lieu d’interprétation. »

Le lieu conditions de production qui est dans l’instance d’énonciation, le lieu des conditions d’interprétation qui est dans l’instance de réception, et enfin le lieu d’élaboration du discours médiatique. C’est une approche multidimensionnelle qui nous éclaire sur la complexité du discours médiatique.

En effet sont prises en compte dans les conditions de production le cadre sémiologique mais aussi le cadre socio-économique Autre fait qui nous intéresse dans cette instance c’est le fait que le dispositif, selon Charaudeau, vise aussi chez le récepteur des « effets de sens » souvent supposés ou visés.

Dans les conditions d’interprétations sont prises en compte les récepteurs par la connaissance de la cible au point de la prévoir mais  surtout sur  un point de vue marketing et ceci par tous les médias. Le message est élaboré avec image, son et/ou est écrit en fonction de la représentation que les médias ont de leur cible et ce travail se fait dans le lieu de construction qui est entre ces deux lieux. C’est le lieu où le discours est façonné pour façonner les récepteurs en fonction de l’idée qu’on se fait d’eux sans en être tout à fait sur.  La machine qui manipule est à son tour manipulée par un jeu d’inter-influence.

Le modèle d’analyse de Charaudeau est identique à la série de questions de Lasswell sur certains points. En effet la série de questions : « Qui, dit quoi, par quel canal, a qui et avec quel effet ? »  peut à travers les réponses qui décrivent une action de communication permettre de comprendre le lieu de production et celui de réception et le canal utilisé pour influencer. Cependant la limite de ce modèle vient du fait qu’il n’inclut pas un feedback et se limite donc à une communication persuasive, on y note également l’absence de contexte psychosociologique. Le récepteur n’est pas pris en compte comme sujet interprétant, ce qui n’est pas le cas dans le modèle de Charaudeau parce que le modèle de Lasswell considère le récepteur comme un passif. Et ainsi il néglige l’« inter-influence » qui existe entre Emetteur et Réception.

Enfin le modèle de Charaudeau offre en plus, un traitement de l’information avec sa nécessaire recherche de « vérité ».Et comme il le dit : «   Un tel apport de l’analyse du discours (avec d’autres encore non mentionnés […] n’est pas seulement d’ordre instrumental. Il permet en combinaison avec les résultats d’autres analyses en production et en réception de poser et d’éclairer d’autres questions sociales, comme par exemple les conditions d’une déontologie de la machine médiatique. »[4]

Alors, si « la vérité c’est ce qui sert » comme disait Cheikh Anta Diop, la priorité dans l’information doit être ce qui nous sert. Et de là, nous devons revoir qui nous informe, et quels sont ses motivations. On se posera des questions sur la source pour savoir la validité de l’information, sa valeur de vérité et aussi sur l’authenticité d’un fait ? Qu’est ce que la vraisemblance d’un fait ?

Dès lors il faut connaitre les dispositifs qui construisent l’information mais aussi les récepteurs de ces informations pour pouvoir dégager une représentation du traitement et ainsi nous saurons si il ya une manière de présenter l’information selon chaque dispositif.

En résumé l’interdisciplinarité de Charaudeau pour une analyse de discours suppose la connaissance de ce qu’est une discipline et l’articulation des autres disciplines avec chacun son modèle d’analyse qui lui est spécifique dans les sciences humaines pour en constituer son objet et disposer des propres outils d’analyses. C’est à partir de ce moment là que l’interdisciplinarité prend son sens chez ce dernier. C’est ce qu’il appelle « interdisciplinarité focalisée ». Alors mettez vos LUNETTES et LISEZ VOTRE CONSTRUCTION DU MIROIR SOCIAL !

Babacar Faye


[1] VERON, Eliseo, Construire l’événement: les médias et l’accident de three mile island, Paris, Éd. de Minuit, 1981, p 7-8.

[2] CHARAUDEAU Patrick, op.cit.,p.6.et 7

[3] CHARAUDEAU Patrick, Ibid., p.12

[4] Charaudeau Patrick, « La justification d’une approche interdisciplinaire de l’étude des médias », Revue Communication, L’analyse linguistique des discours des médias : apports, limites et enjeux, Québec, Éditions Nota Bene, 2008, sur le site de Patrick Charaudeau – Livres, articles, publications.

[1] VERON, Eliseo, Construire l’événement: les médias et l’accident de three mile island, Paris, Éd. de Minuit, 1981, p 7-8.

[1] CHARAUDEAU Patrick, op.cit.,p.6.et 7

[1] CHARAUDEAU Patrick, Ibid., p.12

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Culture et Société

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s