Plaidoyer pour un civisme alimentaire

Le Sénégal, comme la plupart des pays africains, est, un demi-siècle après l’indépendance, confronté à une tension sur le plan alimentaire et cela semble être bien évidemment entre autre une des séquelles de la colonisation. Celle-ci a favorisé la culture de rente destinée à l’exportation au détriment des cultures vivrières locales. Les multiples crises alimentaires qui secouent notre pays et le mode alimentaire extraverti qui le caractérise sont assurément la confirmation d’une dépendance vis-à-vis de l’étranger.
 
 Dans un contexte pareil le concept de civisme alimentaire est non seulement pertinent, mais aussi un possible credo pour une campagne nationale de sensibilisation. Le civisme se définit comme le souci du citoyen de privilégier les intérêts de la collectivité au détriment des siens. Une telle définition du civisme renvoie à l’altruisme et à l’esprit de patriotisme et de défense des préoccupations de la communauté. Aussi par civisme alimentaire doit-on entendre le souci de privilégier le « consommer local » comme exigence citoyenne. Cette exigence est en dernière instance  une question de souveraineté nationale et tout citoyen responsable doit en faire une question de fierté.
 
Notre pays ne peut pas continuer dans cette dépendance alimentaire et espérer une quelconque émergence économique ni même la construction d’un sentiment national. Nous ne pouvons pas consommer de façon si intempérante des produits alimentaires étrangers et espérer préserver notre identité culturelle. Les choix alimentaires de nos concitoyens ne sont pas compatibles avec un enracinement profond et sincère dans notre culture. On ne peut consommer ce qu’on ne produit pas et prétendre cultiver une âme culturelle proprement sénégalaise. Quand un jeune consomme hamburger, coca cola, etc. il ne fait pas qu’absorber de la nourriture, il consomme également des représentations, des valeurs et des symboles qui véhiculent une vision du monde pas toujours compatible avec les manières de voir locales.
 
L’argument de l’accessibilité et la qualité des produits importés est certes valable,  mais par civisme nous devons nous astreindre à consentir des sacrifices pour booster la production locale. Car il ne faut pas s’y tromper : les prix et la qualité des produits sont relatifs aux capacités de productivité des entreprises, or de telles capacités leur sont nanties par l’adhésion des consommateurs. Par civisme, nous devons être toujours enclins à acheter plus chers les produits locaux, car c’est la seule façon de les doper et de les prédisposer à la concurrence des produits étrangers. Dans un monde aussi globalisé que le nôtre, nos pays ne peuvent pas espérer une quelconque prospérité si nous ne faisons pas le choix de nous agripper au tissu économique embryonnaire existant. Et ce choix passe inéluctablement par un civisme alimentaire fortement et largement ancré dans les mœurs.
 
La fragilité de certains de nos états en Afrique réside en leur incapacité à faire confiance à la production  locale, susceptible d’assurer aux entreprises agroalimentaires une  jouissance  de continuité d’exploitation. Le choix conscient ou inconscient d’une ouverture vers les autres produits au détriment de  ceux de son environnement immédiat est la cause directe de la stagnation  économique.
 
 
En effet, s’il serait arbitraire et  unique  de ma part de vouloir décharger les acteurs du secteur agro-industriel de toute responsabilité dans cette déréliction,  reconnaissons au moins que leur implication est moindre.
 
Si selon Montesquieu, l’histoire du commerce est celle de la communication des peuples, vous conviendrez alors avec moi que l’enjeu le plus urgent demeure l’adoption d’un programme de communication de proximité avec la population locale pour que tous les citoyens épris de patriotisme saisissent qu’une économie viable ne peut éclore et prospérer dans des niches de marché aussi exigu.
 
Pour que notre économie renaisse il faut qu’il y ait impérativement un retour aux sources de la part des populations autochtones, retour aux sources qui, s’il était besoin de l’élucider est indissociable avec une prise de conscience commune, condition sine qua non d’un affranchissement d’un complexe d’infériorité qui éloigne, d’une manière ou d’une autre, un citoyen d’un acte civique, indispensable à l’amorce d’un véritable développement.
 
Mesdames et messieurs est-il besoin de vous dire qu’aujourd’hui si nous voulons être une nation respectée et respectable nous sommes tenus d’éliminer l’aide alimentaire je que considère comme une aumône. Par voie  de conséquence disposée d’une production locale qualitative assortie d’une autosuffisance alimentaire devient à mes yeux non seulement une nécessité impérieuse mais encore une obligation éthique  parce que la préservation même de notre dignité en dépend entièrement.
 
Si sommes prêt à prendre un envol économique, comme le brésil, la chine, bref à l’instar de tous les pays émergents nous devons accepter de sortir nos paysans dans les champs de la pauvreté, et permettre en même temps  aux femmes de nourrir leurs enfants au quotidien en adoptant un simple choix vers les produits alimentaires locaux. Mais un choix d’une  grandeur considérable et indispensable à l’entame d’un véritable développement pour notre continent, et, pour notre cher pays le Sénégal.
   
Le texte du 2iéme lauréat du concours d’éloquence
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Classé dans Culture et Société

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