Le prix à payer : terre cultivable à brader !


L’une des principales richesses de l’Afrique demeurent aujourd’hui son sol et son sous-sol c’est-à-dire ses matières premières agricoles et minières. Mais force est de constater, d’après les faits qui s’exposent à nous, que ces mêmes matières premières qui dans les normes constituent les essences d’une richesse, sont aujourd’hui une malédiction pour les Africains.

Elles ont été et demeurent l’une des causes du pillage du continent; leur production ou extraction ne génère pas directement de valeur ajoutée ; les fluctuations des prix qui les caractérisent sont génératrices de bien des problèmes.

Selon l’Organisation des Na­tions unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les pays riches achèteraient d’immenses terrains dans toute l’Afri­que subsaharienne afin d’y créer des exploitations agricoles destinées soit à l’alimentation, soit à la production d’agro carburants.

Au dire de Jacques Diouf, directeur général de la FAO, un certain nombre d’Etats et d’entreprises occidentaux mettraient la main sur des millions d’hectares de terres agricoles dans les pays africains, leur but étant d’assurer leur approvisionnement alimentaire à long terme. M. Diouf fait valoir que la multiplication de ces transactions pourrait entraîner une forme de néocolonialisme, des Etats pauvres produisant de la nourriture pour les pays riches aux dépens de leur propre population affamée.

Pour rectifier l’ambiguïté des propos de M. Diouf qui, pourtant maîtrise bien la situation, nous affirmons avec toute la rigueur qu’il faut, que la multiplication des transactions qu’il prétend prédire est déjà un fait, donc que cette forme de néocolonialisme est bien une réalité de nos jours.

En effet, les crises alimentaire et financière de 2008 ont provoqué un effet accélérateur sur la course pour la mainmise sur les terres cultivables partout dans le monde et plus particulièrement en Afrique. Plus de cinquante millions d’hectares ont déjà changé de mains. Des industriels, des financiers, et même des gouvernements de pays riches cherchent à produire, voire à délocaliser leur agriculture dans les pays africains. Ces mêmes pays qui n’arrivent pas à nourrir leur propre population.

On entend souvent dire qu’Israël est un état colonisateur. Qu’il a ses colonies dans les Territoires Palestiniens et qu’au final, Israël est certainement le dernier Etat qui agit de la sorte sur toute la planète. Dans les faits, pourtant il n’est pas le seul.

Nous voulons  parler ici de ces Etats qui achètent des terres à d’autres nations. Ces dernières dotées de gouvernements indignes et peu soucieux des intérêts de leur pays bradent une grande partie de leurs terres.

L’Afrique est bien entendu le continent le plus touché par cette colonisation. Les pays du continent vendent aux Etats souverains ou aux capitaux privés (compagnies) le peu de terres cultivables qu’ils ont. Au détriment des paysans qui se voient voler leurs biens dans l’inintérêt général, les faisant sombrer dans une pauvreté chronique. C’est pourquoi lorsque nous entendons les super économistes de la Banque Mondiale et du FMI, qui définissent la pauvreté en des termes différents de la réalité, car ils ne sont ni sur le terrain et ne tiennent compte ni des réalités des populations, cela nous révolte encore plus.

La vente massive de terres cultivables à des entreprises multinationales en Afrique a ainsi provoqué l’expropriation de nombreux agriculteurs locaux : avec l’arrivée de ces firmes, les prix ont flambé. Après avoir manifestés puis été violentés par les police d’Etat, les paysans dans des pays comme l’Ethiopie et le Zimbabwe se voient désormais obligés de travailler dans ces nouvelles exploitations. Tout en gagnant un salaire dérisoire.

En effet sur ces dernières années, la FAO estime qu’environ 20 millions d’hectare de terre africaine ont étés vendues pour la somme de 30 milliards de dollars. Une somme colossale dont personne n’entend parler… Et surtout pas le citoyen africain lambda !

L’analyse suivante est alors importante pour qui veut comprendre les enjeux de la géopolitique. Ainsi en analysant tout cela de près, on se rend compte de certaines affinités entre les pays concernés.

Avant de donner les quelques chiffres dont nous a pu nous  procurer, voici les principales raisons qui poussent les Etats à coloniser des terres étrangères :

–         Le facteur écologique (raréfaction de l’eau, désertification de leurs pays, sécurisation alimentaire).

–         Le facteur alimentaire : pour cause d’urbanisation, certains Etats comme la Chine (qui produit beaucoup de bien non-alimentaire comme les bio-carburants) ont besoin de plus de terres cultivables. On estime à 120 millions le nombre d’hectare nécessaire à la survie de la République Populaire.

–         Le facteur politique : simplement pour prendre le pouvoir pour des raisons géopolitiques ou militaires (ou pour “inviter” une nation chez qui l’on a des terres à voter une résolution spécifique à l’ONU).

–         Le facteur financier : une logique d’investissement motivée par la hausse du prix des denrées alimentaires.

–         L’irresponsabilité et surtout la lâcheté des dirigeants africains à faire valoir les intérêts de leur pays.

Dès lors en se basant sur les rapports de la FAO, nous vous livrons un extrait concernant quelques chiffres sur la colonisation éhontée qui est perpétrée en Afrique :

–         Le Qatar contrôle des terres au Soudan et au Kenya.

–         L’Arabie Saoudite colonise le Soudan, le Mali, le Sénégal (500.000 ha), l’Egypte, la Tanzanie (500.000 ha), l’Ouganda, l’Ethiopie.

–         La Corée du Sud est à Madagascar (1.3 million d’ha soit 50% des terres cultivables), au Soudan (600.000ha).

–         La Chine colonise la RD Congo (3 million d’ha), le Cameroun, le Mozambique, la Tanzanie, l’Ouganda, le Zimbabwe et la Zambie (2 million d’ha).

–         Le Bahreïn est aussi présent au Soudan et en Egypte.

–         L’Inde est en Ethiopie et au Madagascar (232.000 ha).

–         Le Japon est en Egypte.

–         La Jordanie colonise le Soudan (25.000 ha)

–         Le Koweït colonise l’Egypte, le Maroc, le Soudan et l’Ouganda.

–         Les Emirats Arabes Unis colonisent l’Egypte, l’Erythrée, le Maroc, Soudan (378.000 ha), le Sénégal.

–         Abou Dhabi contrôle des terres au Soudan.

De même dans un reportage diffusé sur Arte en avril 2011 « Mainmise sur les terres cultivables – Planète à vendre », on nous montre comment l’Arabie Saoudite dépend des importations pour nourrir une population en pleine croissance. Afin de garantir la sécurité alimentaire du pays, le Roi Abdallah a ordonné que les Saoudiens aillent eux-mêmes cultivé à l’étranger. En outre du cas de l’Indien Ram Karuturi, un des entrepreneurs les plus riches de la planète dans le secteur agro-alimentaire. En rachetant 300 000 hectares de terres agricoles dans l’ouest de l’Ethiopie, il envisage de fournir bientôt 20 % de la production mondiale de riz. Et il ne compte pas s’arrêter là : sa société vient de repérer 1 million d’hectares de terres fraîches au Soudan.

De ce fait certains pays veulent continuer à vendre leurs terres au plus offrant. C’est le cas du Congo par exemple qui a créé une Agence Nationale pour la Promotions des Investissements) et qui précise que sur ses 120 million d’ha, seul 1% sont exploités. Dès lors, on se demande ce qu’attend le gouvernement pour mettre en place une politique autonome capable de donner du travail aux paysans locaux pour les 99% restants !

On notera l’absence des chiffres sur les terres cultivables achetées par des compagnies privées. Car si on sait quelle compagnie achète des terres, on ne sait pas où elle les achète. Il suffit juste de signaler que le Groupe Ben Laden (Arabie Saoudite) et les compagnies privées Britanniques sont les plus gros acheteurs de terres au monde… Devant la banque Américaine Morgan Stanley ou l’allemand de la Deutsche Bank.

Dès lors, l’impact du bradage des terres cultivables en Afrique est aussitôt visible sur l’économie de ces pays qui finissent par sombrer dans une dépendance éhontée car l’agriculture  vivrière au lieu d’être modernisée et de promouvoir la consommation locale, est abandonné au profit des produits alimentaires importés.

Au moment même où cet article est rédigé, des millions de femmes, hommes et enfants souffrent de famine, de malnutrition en Afrique, nos gouvernements  et la communauté internationale au lieu d’en faire une priorité afin d’éradiquer ces maux, œuvrent activement à les maintenir afin de satisfaire leurs normes capitalistes auxquels ils sont les seuls à tirer profit.

Et pourtant dans les mots, mais seulement dans les mots, ils semblent se préoccuper de cette situation : la lutte contre la malnutrition est le premier des huit OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement), qui ont été fixé par l’ONU. Sauf que dans les faits, hélas, il en est autre car l’agriculture vivrière a été la grande délaissée de ces vingt dernières années.

Elle a été délaissée, voire ignorée par les grandes organisations internationales pour le développement, pour preuve la part de l’aide publique pour le développement consacrée à l’agriculture est passé de 17% à 5% entre 1980 et aujourd’hui. Elle a été délaissée surtout par les gouvernements africains, alors que la population rurale, même si elle se décline, représente encore plus de 60% par exemple au sud du Sahara, sachant que des millions d’hectares pourraient être encore cultivées.

Mais le problème à nos yeux est beaucoup plus complexe, on l’a évoqué tantôt car c’est cette colonisation inhumaine qui entraine les importations massives de produits alimentaires, auxquels nos gouvernements ont adhéré à défaut de leur manque de volonté à développer l’agriculture vivrière, du fait de l’idéologie dominante d’un libre échange qui n’aurait que des avantages.

Une observation objective de la réalité conduit à des conclusions qui contredisent intégralement cette théorie vide de sens. Ces importations ont pour premier effet d’affaiblir davantage les agricultures locales qui n’ont pas la capacité à réagir à la concurrence par les prix avec les pays du Nord : poulets congelés bretons ou blé américain contre poulets et céréales traditionnels, difficilement transportés en zone urbaine. On voit ainsi comment la lutte est inégale, le vainqueur est connu d’avance ! Mais le vaincu, lui, l’est souvent moins, car pour le découvrir il faut quitter les grandes villes africaines pour aller dans les arrières pays, là même où les économistes du FMI terrés dans leurs bureaux climatisés, ne vont jamais pour s’enquérir des vraies réalités de la pauvreté qu’ils ont créées et qu’ils entretiennent.

Une première conséquence de ce mal est alors naturellement un exode rural massif et non maîtrisé qui se traduit souvent par la « bidonvillisation » de la périphérie des grandes agglomérations. Les nouveaux venus n’ont évidemment pas les moyens de s’offrir un logement, ajouté au manque de volonté des gouvernements et des communes de financer les réseaux d’eau potable, les assainissements collectifs, les voiries, qui seraient nécessaires à des conditions de vie acceptables.

Enfin, dernier acte, lorsque par malheur les prix des produits importés s’envolent, ce qui peut découler non seulement d’imprévus météorologiques ou politiques chez les producteurs mais, de plus en plus, souvent de spéculations financières, ce sont les très célèbres émeutes de la faim qui éclatent, avec toute la violence que peut engendrer le désespoir qu’elles reflètent.

L’idée naturelle qui vient alors à l’esprit serait de réguler les importations vivrières, afin de fournir aux agriculteurs locaux la protection dont ils ont encore besoin pour améliorer leur productivité, qui dépend bien entendu d’actions publiques, telles qu’adduction d’eau, construction de routes, promotion de transports, etc… Sauf que dans ce cas il faudrait nous attendre à affronter avec toute la rigueur qu’il faut, l’Organisation Mondiale du Commerce, qui certainement fera valoir son dogme actuel qui consiste à respecter les règles du libre-échange. Mais sommes-nous obliger de respecter leurs règles vides de sens qui ne font profit qu’aux pays du Nord ? Lesquels pays, sont ceux qui ont sauvé leur économie à cout de milliard d’euros ou de dollar injectés dans leurs banques pour sortir de la crise financière de 2008. Alors n’ont-ils pas dérogés les règles du libre-échange ? Pourquoi nous africains ne pourrions pas en faire autant pour redresser nos économies ?

Il faudra donc, que les populations africaines s’approprient leur souveraineté, qu’elles harmonisent leurs efforts sur un idéal de société afin de montrer à nos dirigeants et à la communauté internationale, que les temps des supercheries sont révolus. Dans ce cas, nous pourrions imposer notre volonté de récupérer toutes les terres cultivables bradées et faire valoir notre droit à faire profiter nos ressources naturelles d’abord aux africains. L’Afrique, dans les faits n’a besoin d’aucune institution pour faire nourrir sa population, Dieu merci, car Dieu nous a doté d’un sol et d’un sous-sol fertiles. Alors les africains ne demandent juste qu’on les laisse gérer eux même leurs propres richesses, ainsi nos excédents pourront être exportés à ceux qui en veulent. Il n’y a que cela, et c’est par cette seule voie qu’on rendra aux africains ce qui leur appartient.

Par Sadio Sangharé (Se Ankh Ka Râ)

Coordonnateur de la CSC de Njàccaar Visionnaire Africain

Administrateur du site http://www.knfree.c.la

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1 commentaire

Classé dans Culture et Société

Une réponse à “Le prix à payer : terre cultivable à brader !

  1. mendy

    Les africains se sont resignes depuis longtemps .laisser les autre decider a leur place .l’afrique exister et s’autosuffiser avant la venu de l’homme blanc et de tous ses organisations criminels et terroristes(l’OMC,FMI,BM………)
    l’AFRIQUE au africain

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