L’Afrique peut-elle vivre de ses matières premières ?

L’Afrique n’est pas pauvre : ses ressources en matières premières sont même exceptionnelles. C’est sur ce thème que la communauté internationale entend infléchir les discours convenus sur l’Afrique, en mettant l’accent sur la nécessité d’une meilleure exploitation de ses ressources.

Pétrole, bois, diamant, bauxite, coton, café, cacao : la liste des matières premières dont regorge l’Afrique est longue. Le continent abrite ainsi le deuxième bassin de forêt tropicale après celui de l’Amazonie. Il est le deuxième exportateur de coton au niveau mondial derrière les Etats-Unis. Son cacao représente environ 70% de la production mondiale, tandis que ses pays producteurs de pétrole pèsent 10% de la production mondiale et ceux de diamants un tiers de la production mondiale…

Toutes ses richesses cependant lui rapportent peu. D’abord parce que les économies de la plupart de ses Etats reposent souvent sur une seule de ces ressources et ne possèdent pas d’industries de transformation. Elles sont donc totalement tributaires des variations des cours mondiaux des matières premières. Les pays les plus pénalisés sont ceux qui exportent des produits agricoles : les prix de ces derniers ont considérablement chuté au cours des deux dernières décennies. La baisse des prix du café et du cacao, au début des années quatre-vingt-dix, a ainsi amené les paysans à abandonner peu à peu l’entretien de leurs plants ; certains sont allés jusqu’à les arracher.

Les efforts en matière d’aide au développement annulés par les variations des cours ?

« Pour vos pays, la baisse du prix des matières premières représente, depuis trente ans, une perte égale à la moitié de l’aide au développement. C’est une cause majeure des difficultés que vous éprouvez pour vous développer et faire face à votre dette extérieure », a reconnu Jacques Chirac lors de la 22è conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France, en 2003. Le chef de l’Etat français avait aussi souligné que certaines politiques économiques menées par les pays industrialisés aggravaient ces difficultés. « Les prix mondiaux sont, en permanence, déprimés par des subventions de plusieurs milliards de dollars dont bénéficient quelques dizaines de milliers de producteurs », avait-il déclaré à propos du coton qui fait vivre directement dix millions de personnes sur le continent africain.

Entre 1997 et 2002, la valeur du cours mondial a en effet chuté de moitié en grande partie à cause des subventions accordées, notamment, par l’Etat américain à ses cotonculteurs. Soumis aux plans d’ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales, les pays africains n’ont pas, eux, la possibilité ni les moyens de soutenir leurs paysans. Enfin, si la convention de Lomé, signée en 1975 par la Communauté économique européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), avait mis en place des mécanismes correcteurs du marché, avec, notamment, le système de stabilisation des exportations (Stabex), l’accord de Cotonou (2000) a supprimé ce dernier.

La France a invité à Cannes le Commissaire au développement, Louis Michel, qui prépare au sein de l’UE (en collaboration avec Peter Mandelson, Commissaire au commerce), une initiative sur le coton : selon des sources de la Commission, il s’agit d’aider à promouvoir le coton africain. Cette initiative comportera des discussions avec les Etats concernés afin de voir comment les aider non seulement à promouvoir le coton mais aussi à mieux organiser les filières, qui marchent mal ; afin également d’examiner les conséquences des subventions européennes -très faibles puisque la production européenne ne représente que 2% de la production mondiale- et surtout américaines.

L’écrivain Erik Orsenna, auteur d’un Voyage aux pays du Coton : petit précis de mondialisation(Fayard, 2006) qui le mène aux quatre coins du monde « globalisé », et au cours duquel il constate que les producteurs les plus pauvres filent un mauvais coton, a été invité comme un des grands témoins pour la corbeille du sommet consacrée aux matières premières en Afrique.

La certification du bois plus difficile que celle des diamants

Le phénomène de corruption empêche aussi les populations de profiter des bénéfices de leurs matières premières. Le bois est ainsi l’objet de divers trafics et d’exploitation illicite, contrebande qui a d’ailleurs parfois financé des guerres (Liberia ou RDC). Au Cameroun, malgré une réforme du code forestier prévoyant qu’une partie des taxes payées par les entreprises forestières soit affectée au développement local, les études montrent que les retombées restent en réalité très maigres pour les populations : ce sont les élites locales qui en profitent. L’exploitation forestière a par conséquent un impact faible sur le développement du pays. « Ecartées non seulement des profits générés par leurs forêts, les populations perdent aussi parce que l’exploitation, quoi qu’en dise le discours officiel, appauvrit considérablement la ressource », explique Samuel Nguiffo, responsable d’une Ong camerounaise, cité par l’Agence France presse en novembre 2006.

Pour tenter d’enrayer le phénomène de corruption, un processus d’amélioration de la gouvernance, l’Africa Forest Law Enforcement and Governance (AFLEG), a été mis en place par le G8 en 2001. En 2002, dans le même esprit, le Partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC), regroupant une trentaine d’acteurs gouvernementaux ou non, est créé lors du Sommet mondial sur le développement durable (Johannesburg, Afrique du Sud). La Commission européenne devrait mettre en place des contrôles permettant de vérifier l’origine légale du bois importé dans l’Union, tandis que l’Etat français s’est engagé, en 2005, à n’utiliser dans ses grands travaux que du bois venant de forêts présentant des garanties d’exploitation durable, sur le plan social et environnemental. Mais mettre sur pied un système de certification comme cela a été fait pour les diamants, dans le cadre du processus de Kimberley, est laborieux. « Contrairement à l’industrie du diamant qui est centralisée, souligne un expert, l’industrie forestière est éparpillée. De plus, il est très difficile de déceler l’origine du bois. » Ainsi, un label délivré l’an dernier à une entreprise forestière néerlandaise installée au Cameroun a été vivement critiqué par les organisations écologistes qui jugeaient son attribution abusive.

Coton : parvenir à se faire entendre

(MFI) Le coton est le produit d’exportation dont on a probablement le plus entendu parler ces dernières années à propos des subventions accordées par les Etats industrialisés à leurs agriculteurs au détriment des paysans africains. Ce sont les actions communes et concertées de plusieurs organisations régionales de producteurs africains soutenues par de grandes organisations internationales, comme Oxfam international, qui ont permis de donner un large écho aux problèmes du coton du continent. Dès novembre 2001, plusieurs organisations de producteurs d’Afrique de l’Ouest ont ainsi diffusé des pétitions demandant l’arrêt des subventions à l’exportation responsables de la chute du cours du coton. L’action de leurs gouvernements a permis d’élargir le champ médiatique : en 2002, le Bénin et le Tchad ont appuyé la plainte déposée par le Brésil contre le gouvernement américain. Ces deux Etats, auxquels se sont ajoutés le Burkina Faso et le Mali, ont par la suite réclamé à l’OMC « l’initiative sectorielle sur le coton », qui demandait un arrêt des subventions et la mise en œuvre d’un mécanisme de compensations.

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Classé dans Economie et Politique

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