Steve Biko, un martyr conscient et un anti-apartheid

Du peu que nous connaissons sur l’Afrique, nous sommes au courant des multiples barbaries mises en œuvre par les envahisseurs : l’esclavage, la colonisation, l’apartheid, etc. Nous savons aussi que dans chaque période, et chaque dure épreuve traversée, il y a eu des personnes nobles qui ont payé de leurs vies pour que les choses changent, et que l’oppression ne cesse. Conscientisant leurs frères et sœurs, et combattant à leur manière le système qui entreprend des démarches assassines à notre égard depuis que nous le connaissons, ces gens, appelés héros ou martyrs, tous méritent d’être connus du grand public, et particulièrement de nous, africains, les premiers concernés. Je vais parler aujourd’hui d’un jeune qui était très ambitieux et conscient de la pauvreté et de la souffrance de sa communauté, et qui a voulu réveiller son peuple et, le plus pacifiquement possible, confronter le gouvernement de l’époque. Dans ce cas, il s’agit d’un homme qui a milité pour que l’apartheid cesse et que la population sud-africaine, c’est-à-dire, les natifs, les locaux, ne puissent se voir arracher ce qui leur revient de droit, étant propriétaires et héritiers légitimes des terres qu’ils occupent. Cet homme a trouvé inadmissible que des parvenus viennent nous dicter des lois, et dire aux zulus, xhosas… comment se tenir, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, où il faut aller et où il ne faut pas aller, se voir imposer des frontières dans un pays qui leur appartient. Il s’est surtout battu pour anéantir l’idée selon laquelle une race est supérieure à une autre, et pour que son peuple connaisse son histoire.

            Né le 18 décembre 1946, Steve Bantu Biko était un activiste anti-apartheid en Afrique du sud durant les années  60 et 70. Etudiant leader, il fonda le Mouvement « Conscience Noire » qui comprenait et mobilisait une grande partie de la population urbaine noire. Vivant, ses écrits et son activisme ont tenté de donner le pouvoir au peuple noir d’agir et d’être fier de ce qu’il est. Son slogan célèbre était « Black is Beautiful »,  ce qu’il a défini comme « Mon frère, tu es bien tel que tu es, prends-toi pour un être humain, et comporte-toi comme tel». Malgré la friction entre le Congrès national africain et Biko dans les années 70, l’ANC a inclus Biko dans la catégorie des héros de lutte, allant jusqu’à utiliser son image pour les affiches de la campagne en Afrique du sud, les premières élections non-raciales en 1994.

Biko est né dans la ville de King Williams, dans l’est de la province du Cap d’Afrique du Sud. Il a étudié pour être docteur à l’école médicale de l’université de Natal. Biko était Xhosa. En plus de parler Xhosa, il parlait couramment anglais et assez couramment afrikaans. Il a d’abord adhéré la multiraciale Union nationale des Etudiants d’Afrique du Sud, après il fut convaincu que les noirs, indiens et étudiants de couleur avaient besoin d’avoir chacun leur propre organisation, il a donc aidé à fonder l’Organisation des Etudiants sud-africains, dont le programme comprenait l’unification des étudiants de l’Université dans l’esprit de conscience noire. En 1968, Biko fut élu premier président de l’Organisation. L’Organisation a évolué à travers l’influent Mouvement de la Conscience Noire. Biko était aussi impliqué dans la Fédération mondiale des étudiants chrétiens.

Biko a épousé Ntsiki Mashalaba en 1970. Ils ont eu deux enfants ensemble : Nkosinathi, né en 1971, et Samora. Il a aussi eu deux enfants avec Dr Mamphela Ramphele (une activiste proéminente du Mouvement de Conscience Noire) : une fille, Lerato, né en 1974, qui est morte de pneumonie quand elle avait à peine 2 mois, et un fils Hlumelo, qui est né en 1978, après la mort de Biko. Biko a aussi eu une fille avec Lorraine Tabane, Motlatsi, né en mai 1977.

En 1972, Biko fut expulsé de l’Université à cause de ses activités politiques et devint président de la Convention des Noirs. Il lui était interdit par le régime apartheid en février 1973, de parler à plus d’une personne à la fois, ni de parler en public. Il lui a aussi été interdit de sortir de la ville de King William, et il n’avait pas le droit de parler à la presse. Il lui était aussi interdit de citer n’importe quelle personne de ses discours, incluant ses citations ou simples conversations.

Malgré la répression du gouvernement d’apartheid, Biko et son mouvement ont joué un rôle important dans l’organisation de manifestations non-violentes qui ont conduit au soulèvement de Soweto en juin 1976. Le lendemain de l’insurrection, qui a été écrasée par la police lourdement armée tirant sur des enfants d’école primaire et secondaire (plusieurs centaines de morts) protestant contre l’imposition de l’enseignement exclusif en afrikaans, les autorités ont commencé à cibler Biko. Le 18 août 1977, Biko a été arrêté dans un barrage de police et interrogé par les officiers de police de Port Elizabeth. L’interrogatoire a duré quelques heures, avec des tortures et passages à tabac qui l’ont plongé dans un profond coma. Il a eu une blessure majeure au niveau de la tête et a été enchaîné à une grille pendant toute une journée. Le 11 septembre 1977, la police l’a mis à l’arrière d’une Land Rover, nu et menotté, allant à Pretoria dans une plus grande prison pour des soins. Cependant, il était presque mort à cause des blessures antérieures. Il est décédé peu après son arrivée à la prison de Pretoria, le 12 septembre. La police a affirmé que sa mort était le résultat d’une grève de la faim prolongée, mais une autopsie a révélé qu’il a finalement succombé à une hémorragie cérébrale due aux blessures à la tête, que l’on a vue comme une preuve convaincante qu’il avait été sauvagement matraqué par les policiers. Puis le journaliste et aujourd’hui leader politique, Donald Woods, un éditeur et ami proche de Biko, exposa la vérité sur la mort de Biko. Grâce à sa notoriété, les nouvelles sur la mort de Biko se sont rapidement répandues, ouvrant les yeux du monde entier sur la brutalité du régime apartheid.

Cet homme a vécu et est mort pour les intérêts des siens, s’est levé pour que les injustices cessent , pour que l’homme noir comprenne que quoi qu’on lui dise et quoiqu’on fasse, l’homme blanc n’est pas au-dessus de lui, pour qu’il ne se fie pas aux propos des envahisseurs le persuadant qu’être noir est une malédiction ou trouver péjoratif qu’on te dise que tu es noir, ce qui importe dans la vie d’un être humain, c’est d’être fier de ce qu’il est, c’est-à-dire pas seulement de la couleur de sa peau, mais aussi de son histoire, de ses cultures, entrer en possession de soi-même sur tous les plans, pour ne pas se voir détruit moralement par ce que les autres peuvent penser de soi. J’espère que ce grand homme, sa vie, son courage, son côté ambitieux, ses actions et discours, resteront à jamais gravés dans votre mémoire, et que vous n’oublierez jamais ce pourquoi il s’est battu pendant ces 31 ans d’existence sur cette Terre d’oppressions louées, de meurtres impunis, de barbaries encouragées, de falsification appuyée, où on trouve explications et raisons aux pires génocides et massacres; ce monde de capitalistes, dictateurs, impérialistes prêts à recourir à tout ce qui est inhumain pour que leurs intérêts  soient respectés.

FLORIAN MUANDA MOMBO

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Classé dans Culture et Société

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