L’ALTRUISME MERCANTILE

Actuellement, on peut constater que le monde vibre au son du dogme issu du paradigme des temps des découvertes. En effet, le temps des découvertes commence quand l’Europe découvre tardivement la navigation en haute mer et finit par vagabonder au-delà de ses frontières en ayant comme agenda caché le Racket à Grande Échelle et l’institutionnalisation des mœurs de rapine maquillé en œuvre humanitaire au nom de la Morale Universelle. Cette période inaugure marque le pas à l’Altruisme Mercantile. Les mœurs de rapine, ainsi institutionnalisées, allaient donner naissance plus tard à un vocabulaire juridique énigmatique tel que « Évasion Fiscale« . Il est désormais possible de s’évader du fisc (fuir l’État légalement) pour ne pas contribuer au soulagement des charges sociales dans sa communauté.

C’est donc pour « le bien » des sauvages que l’on lâcha les explorateurs ici et là. Lorsqu’on parcourt les cartes de ces derniers, on constate que le monde est façonné en fonction de leur appétit mercantiliste. Ainsi il y a des contrées qui portent des noms curieux telles que Côte d’Ivoire, Côte de l’or (devenu Ghana), etc… On ne peut pas s’empêcher d’y voir la côte où il y a de l’ivoire et la côte où il y a de l’or. Comment ne pas s’étonner des noms qu’on donne à plusieurs peuples et à leurs territoires au plus profond mépris des mots qu’ils ont pour se désigner eux-mêmes et leurs territoires. Il existe des noms tout aussi étonnant tels que Indiens d’Amérique (tout porte à croire que le traumatisme de ne pas être arrivé en Inde demeure entier), Îles de Pâques, Cap de Bonne Espérance, Lac Victoria, Lac Albert, Lac Édouard, Chutes Victoria, Bushman, Afrique, etc…

On réalise clairement que ces individus, envoyés en exploration, sont en réalité des explorateurs de richesse, des prospecteurs. Les prospecteurs de nos jours font aussi des cartes pour identifier des filons intéressants. Par un coup de passe-passe linguistique, leurs voyages ont été présentés comme des expéditions scientifiques et on a finit par nous les présenter comme des héros afin qu’on leur érige des statues ici et là sur le continent. Le subterfuge a tellement bien fonctionné que l’histoire de chacun de nos pays actuels commence toujours par un étranger, un explorateur de richesse (le prospecteur) qui nous a « découvert » (vision conforme au paradigme des temps des découvertes). On accède ainsi à la lucidité internationale grâce à leurs généreuses prouesses maritimes.

Ils se sont donc invités chez nous pour « notre bien ». Préoccupés par notre « sauvagerie », ils décidèrent par altruisme de venir faire notre bien malgré nous. Nous étions devenus pour eux des enfants qu’il fallait, au nom de la Morale Universelle, sauver du retard civilisationel. Peut-on y voir l’ancêtre du « droit d’ingérence pour des causes humanitaires« ?

Dans le Larousse à la section « histoire », voici comment est présenté le Ghana:

 

GHANA

Histoire

L’époque coloniale. 1471: les Portugais atteignent la côte du futur Ghana qu’ils désignent du nom de Côte-de-l’or ou Gold Coast.

Le Petit Larousse Illustré, 1993

Voilà comment l’histoire commence par des étrangers qui nous découvrent. Le comble de l’ironie c’est que le Larousse est devenu le repère linguistique de la totalité des Africains. Autrement dit: « Si c’est dans le Larousse c’est que c’est vrai! »

Portant, la première carte connue dans l’histoire de l’humanité (datant de -1100, calendrier grégorien) est une carte kamite des mines d’or de Koush. La topographie et la cartographie sont nées avec cette carte. La méthode des itinéraires et la méthode de projection d’un relief sur un plan sont employées pour la première fois.

Carte des mines d’or de Kush

Doit-on voir dans le dessein de celui qui a conçu cette carte le souci d’une expédition scientifique altruiste en vue d’apporter la civilisation aux populations de Kush au nom d’une quelconque Morale Universelle? Bien sur que non !

Et ce n’est pas pour autant qu’une statue fut érigée en hommage à l’auteur de cette carte et faisant commencer l’histoire de Kush par lui.



Statue du major Gerald Portal à Fort Portal en Uganda

Doit-on voir en ce fusil un signe d’altruisme de ce major « venu en paix »? Est-ce que l’usage du mot « Fort » dans le nom de cette ville d’Uganda évoque-t-il des intentions pacifiques?

En ce qui attrait à la finance, l’altruisme mercantile de la Banque Mondiale et ses affiliés n’est plus à présenter. On a finit par boire un vocabulaire empoisonné tel que sous-développement, tiers-monde (cela suppose que les deux tiers restant n’ont pas de problèmes), pays du sud, endettement, corruption, bonne gouvernance, le mythe des cultures de rente et de l’exportation des matières premières, etc…

L’altruisme mercantile prend en otage nos langues avec ces concepts de francophonie, anglophonie (Commonwealth), lusophonie. On nous présente l’illusion des termes techniques prêtent à être utilisés et gracieusement offertes au détriment de nos langues en prétextant que ces dernières ne peuvent supporter des concepts abstraits. Un autre argument nous précipite dans l’angoisse d’adhérer à une langue dite « internationale » (comme par hasard la leur) coiffée du latin comme langue scientifique.

Pris au piège par ses nouveaux lexiques utiles au moindre travail se voulant scientifique, on finit par se résigner à cette marche forcée vers le progrès.

COMMONWEALTH

Ensemble des nations unies par une commune allégeance à la Couronne britannique ou par la reconnaissance du souverain de Grande Bretagne comme chef du Commonwealth.

Le Petit Larousse Illustré, 1993

L’altruisme mercantile se répand mêmement dans l’univers politique et fait des petits tel que « le droit d’ingérence pour des raisons humanitaires« . Certains s’invitent dans la péninsule arabique pour apporter la liberté (altruisme) avec les bruits des canons tout en s’abreuvant au goulot des puits de pétrole (mercantilisme). Que doit-on penser de la nouvelle formule altruiste du nouveau commandement militaire américain, l’African Command (AFCOM), consacré à la terre sacrée de nos Ancêtres?

Que doit-on voir dans l’altruisme légendaire de l’aide humanitaire, du mirage de la coopération internationale recyclé en co-développement?

Que penser de la bienveillance de la Comédie Internationale qui se joue sous nos yeux au 21e siècle en Côte d’Ivoire?

Que doit-on penser de l’altruisme médiatique de RFI, La Voix de l’Amérique, Radio-Canada International, etc…?

On serait tenté d’y voir des instruments de propagande. En effet, comment comprendre que la réception de ces médias soit gratuite chez nous alors qu’ils ne diffusent même pas dans leurs pays émetteurs respectifs. Même si la diffusion dans ces pays émetteurs serait possible, il faut tout de même payer pour y avoir accès.

–         Pourquoi l’argent des contribuables de ces pays émetteurs est-il investit pour informer « les sauvages »?

–         Serait-ce par pur altruisme au nom de cette légendaire Morale Universelle?

–         Serait-ce des instruments pour entretenir l’idée du paradis Occidental afin de vider l’Afrique de ses plus valeureux cadres séduis par l’herbe plus verte en Occident?

Avec une imagerie aseptisée où tout est propre, pas de pauvres, croissance économique infatigable, pas de quartiers pauvres, l’éclat éternel des gratte-ciels en verre, des séries télévisées avec des policiers roulant en Ferrari ou en Porsche. Bref tout est réuni pour convaincre les sceptiques. Avant il fallait aller chercher les Nègres de force et les transporter dans les cales des bateaux, aujourd’hui il faut les convaincre que leurs pays sont malsains pour eux en les bombardant quotidiennement de nouvelles déprimantes. L’effet est imparable car les plus instruit quittent volontiers leur pays pour servir à rabais l’infatigable machine de prospérité en Occident.

Pourrions-nous comprendre que les contribuables maliens financent une radio ou une télé qui n’émet pas au Mali mais émet en France pour informer les Français?

Enfin, l’altruisme au nom de la Morale Universelle nous a si bien séduit qu’on a pas vu ses soubassements mercantiles. Comment peut-on penser naïvement une seule seconde qu’on peut venir nous aider à régler nos problèmes en Afrique à coup de milliards alors qu’en Occident même il existe des soupes populaires, des sans-abris, une économie en faillite certaine, etc. Pourquoi devraient-ils nous aider? La casserole sociale est déjà assez chaude comme cela chez eux. Il nous faut avoir notre propre compréhension des réalités du monde et organiser notre espace selon nos propres intérêts.

Nzwamba Simanga

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1 commentaire

Classé dans Economie et Politique

Une réponse à “L’ALTRUISME MERCANTILE

  1. article tres interessant il faudra commencer par la reprendre l’initiative historeique et semantique!!!

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