Le bradage foncier au Sénégal

« Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents , nous l’empruntons à nos enfants .» Antoine de Saint-Exupéry

D’abord notre but n’est pas de faire un procès d’un régime ou d’un autre , encore moins de

décrédibiliser ou de désacraliser une institution ou une autre . Il s’agit juste de détailler en tant que

simple citoyen sans aucune autre casquette des faits passés sous silence qui sans doute peuvent

générer des problèmes majeurs dans le futur .

Les questions de gestion de la terre se révèlent être des questions fondamentales dans tout État qui

se veut d’être respecté .

Les querelles foncières apparaissent au premier plan dans beaucoup de tribunaux . En dégénérant ,

elles sont le plus souvent sources de guerres comme on a pu le voir dans certains pays comme la

Sierra Léone , le Libéria ou récemment le Botswana avec la fameuse loi sur la nationalisation des

terres qu’avait instaurée le président Robert Mugabe .

Spécialistes ou pas , les citoyens sénégalais savent que l’exiguïté de l’espace habitable dakarois et

dans certaines villes du Sénégal devient de plus en plus préoccupante . Médias  et populations se

contentent tous les jours de dire que Dakar étouffe , Dakar n’a plus d’espace sans pour autant

chercher les véritables causes .

Nous proposons ici une tentative de réponse loin d’être partiale .

Vers les années 90 , des terres appartenant au domaine public national ont été distribuées à des

dignitaires sociaux , des amis du régime , des responsables politiques,… et tout cela au grand dam

des populations riveraines . Des dignitaires de notre pays se retrouvent grâce à cette politique de

spoliation avec des terres qu’ils ne peuvent même pas exploiter . D’année  en année , cette

« escroquerie organisée » passée sous silence gagne du  terrain et l’espace habitable à Dakar plus particulièrement devenait de plus en plus petit . L’exode rural massif des années 90 des populations

rurales vers les grandes villes aidant , il devenait de plus en plus impossible de trouver une espace

non habitée dans la capitale . Cette crise va pousser certaines populations, démunies le plus

souvent, à accepter de vivre dans des zones inondables qui en toute vraisemblance ne devraient

pas servir d’habitations . C’est le cas notamment des zones du département de Pikine et Guédiawaye

comme Médina Gounass , Wakhinane Nimzat, etc.

Cette boulimie foncière ne connaitra pas un frein avec l’avènement de l’Alternance . Loin de là !

Après le carton rouge infligé au régime socialiste pour leur mauvaise gestion du pays , on pensait

qu’une ère nouvelle venait de s’ouvrir en ce millénaire finissant . Oui, bien sûr, une ère nouvelle

s’est ouverte du point de vue chronologique. Mais est-ce que ce changement marquera le divorce

d’avec les mauvaises politiques foncières ? Non !

En effet , dès son investiture à la tète de l’État , le Président Wade, sous prétexte d’un libéralisme

économique , va mettre en place un puissant mécanisme de reconfiguration du patrimoine foncière

de notre Nation au cœur duquel s’est développée une spéculation foncière sans précèdent .

Le domaine public national , le domaine privé de l’État , le domaine maritime, rien ne sera épargné .

Un bradage du foncier sénégalais dans toutes ses formes voit le jour . Le plus étonnant dans ce

processus , c’est le fait que les terres soient toujours attribuées à des responsables politiques , des

dignitaires sociaux;  soit pour récompenser un parcours politique au service du parti , soit pour

clouer le bec à certains . Les populations demeurent ainsi les vrais perdants .

Pourtant , en interrogeant la philosophie du droit domanial et foncier , la terre doit nécessairement

revenir à ceux qui l’exploitent .

Plus grave encore , des domaines comme l’aéroport de Dakar ont été bradés à tel enseigne que

l’ASECNA ( Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar ) a lancé

une alerte aux autorités  étatiques pour les sensibiliser sur l’insécurité qui plane sur le décollage

des avions compte tenu des maisons qui sont trop proches de l’aéroport .

Et pourtant , avant même que certaines terres du domaine aéroportuaire aient été attribuées , cette

même agence avait soumis une objection technique à l’État du Sénégal pour que celles -ci ne soient

pas utilisées .

Au delà de Dakar aussi , certaines villes ou villages connaissent le même problème . Mais là-bas ,

c’est la responsabilité des élus locaux qu’il faut mettre en avant . A la tête des conseils ruraux , ils

profitent le plus souvent de leur mandats pour monnayer des terres au détriment de la population

locale . Dans la plupart des cas recensés , l’autorité de l’administration territoriale ( Préfet , Sous-

préfet ) qui en réalité est chargée de vérifier , de légaliser et de passer à l’approbation des actes

posés par les autorités décentralisées , se trouve impliquée dans ce processus de spoliation . On a pu

le constater avec le cas très médiatisé du village de Mbane dans la région de Saint -Louis après les

élections locales de Mars 2009 .Le conseil rural en place avait attribué des terres à des dignitaires

du régime sans se soucier de la population qui en avait besoin . Des personnalités politiques qui

possèdent des hectares de terres dans le Cayor ou le Cap Vert viennent s’octroyer d’autres dans le

Walo . Le conseil rural avait même outrepassé ses compétences en attribuant des terres qui

sortaient de l’assiette matérielle de la communauté rurale elle -même . Un contentieux s’en est suivi

et jusqu’à présent ces terres sont entre les mains de ces dignitaires politiques .

Le problème foncier n’a donc pas connu de changement encourageant avec le régime de

l’Alternance.

Le processus de spoliation foncière et de patrimonialisation des terres continue toujours de faire

des ravages .

Aussi assiste-t-on à l’émergence d’un État néo patrimonial , d’un État spoliateur qui encourage ce

processus d’accumulation , cette escroquerie foncière au détriment des vrais nécessiteux ?

Abdou Khoudoss CISSE


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1 commentaire

Classé dans Expressions Libres

Une réponse à “Le bradage foncier au Sénégal

  1. kane

    On m’a engage dans une ruse pour changer de regime en Mauritanie avec l’aide des abrutis de boutillimit.
    Comme faire pour que l’on me laisse tranquille que l’on me remette mon passeport et mon terrain a Dakar pour partir faire ma vie ailleurs.
    J’ai a rien gagne que les harratins dirige la Mauritanie, je prefere ne pas perdre mon temps au lieu que les harratins soient au pouvoir. En plus je ne compte plus jamais revenir m’installer en Mauritanie.

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