RENDRE L’HISTOIRE AU PEUPLE

Toute société moderne a le devoir aujourd’hui d’instituer son histoire dans la conscience de son peuple, mais nous Africains pendant ce temps, nous nous privons de cette activité intellectuelle au profit d’une élite occidentale qui méconnaît pourtant les vraies valeurs de l’Afrique. «Rendre l’histoire au peuple» n’est pas le slogan démagogique que voudraient y voir les défenseurs d’un certain élitisme. Elle est riche au moins de deux significations que nul ne peut contester. D’abord comme l’écrivait le journaliste Sékéné Mody Cissoko en 1983, «l’histoire africaine constitue une source de première importance pour la construction de l’Afrique moderne». Nul ne peut prétendre monopoliser la responsabilité de cette construction. Le tâcheron qui édifie les murs de la maison est aussi indispensable que l’architecte qui en conçoit les plans. Tout homme a donc le droit et le devoir de connaître les fondements de l’héritage culturel de la société nouvelle dont il est membre.

Ces fondements et cet héritage ne sont pas davantage les fruits de l’activité de quelques-uns que ne l’est aujourd’hui l’édification de nos Etats. Trop longtemps, l’histoire, dans la conception occidentale, a été l’histoire des Grands, de leurs guerres et de leurs conquêtes, de leurs amours et de leurs intrigues. C’était oublier que ce spectacle, souvent dérisoire, donné sur le théâtre de l’histoire par quelques acteurs en vue, n’était possible que par l’activité incessante de la masse, du petit peuple, dont la vie quotidienne fait partie, aussi, de l’histoire.

Si tout homme a le droit et le devoir de connaître l’histoire, il ne doit pas oublier qu’il est aussi en train de faire l’histoire.

C’est en vertu de cette conviction que nous lançons aujourd’hui un appel aux témoins. De nombreux chercheurs se consacrent aujourd’hui à recueillir les traditions orales qui sont en grande partie la «mémoire» du continent. Mais il y a aussi au milieu de nous des hommes qui ont vécu des événements réellement historiques, qui ont connu des situations dont les jeunes générations n’ont pas le souvenir, qui ont conservé ces faits dans leur mémoire et leurs papiers personnels. Ont-ils le droit de les garder pour eux au risque de les voir perdre à tout jamais?

La plupart de nos gouvernements attachent aux archives nationales l’importance qu’elles méritent, même s’ils ne peuvent pas consacrer à leur conservation et à leur classement, les moyens matériels qui seraient nécessaires.

Mais que trouvons-nous dans ces archives au fur et à mesure qu’elles sont ouvertes aux chercheurs et aux simples curieux? Essentiellement des papiers et des documents émanant de la puissance coloniale. Les colonisés en sont absents, sinon justement sous leurs aspect de colonisés, de «sujets» vus par l’administration coloniale. Ce n’est pas avec cette unique source, pas plus qu’avec la presse de l’époque, que l’on pourra écrire l’histoire de la période coloniale et de la lutte pour l’indépendance.

Les archives indispensables existent: elles sont dans les armoires et les caisses de tant de nos contemporains qui ont vécu cette période de l’histoire et en ont conservé précieusement les traces. Ce qui est précieux pour eux, l’est aussi et peut être bien davantage, pour ceux qui demain voudront reconstituer notre histoire.

Les témoins indispensables existent: ils conservent dans leur mémoire le souvenir de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ont fait. Mais parce qu’ils se taisent, parce qu’ils n’ont rien écrit sur ce passé encore tout proche et qui paraît pourtant déjà lointain, un jour ces richesses disparaîtront avec eux, si ce n’est déjà fait; ont ils le droit de laisser perdre ce trésor de l’histoire?

Puissent tous ces témoins entendre cet appel! S’ils ont des archives, qu’ils les remettent à ceux qui pourraient en faire un bon usage. A moins qu’ils les conservent avec soin et qu’ils laissent à leurs proches la consigne de ne pas disperser ces documents, qui appartiennent à l’histoire.

Qu’ils mettent par écrit leurs souvenirs, ou, tout au moins, qu’ils acceptent de parler devant le dictaphone d’un chercheur ou d’un simple curieux de l’histoire. N’y a-t-il pas là d’ailleurs une tâche capable de passionner les jeunes élèves et étudiants? Osons, nous aussi aller recueillir par écrit ou sur un dictaphone le témoignage de ceux qui, d’une certaine façon, ont fait l’histoire.

Cet appel peut d’ailleurs être adressé également aux responsables des radios et des télévisions nationales. Les réserves de beaucoup de stations recèlent les enregistrements de discours ou manifestations qui n’ont jamais été transcrits et qui, un jour, risquent d’être effacés par un producteurs à court de bande magnétique…
Combien de documents, essentiels pour l’histoire de la dernière période coloniale ou des premières années de l’indépendance, ne dorment-ils pas sur les étagères des chaînes de télévisions nationales? Ne méritent ils pas d’être transcrits ou confiés aux archives culturelles?

Aujourd’hui on parle du cinquantenaire de nos pseudo-indépendances, mais ne serait-il pas préférable de rétablir la vérité sur cette escroquerie qu’est l’histoire des décolonisations que nous imposent les acteurs du néocolonialisme? Nous nous devons juste de rappeler un fait, parce que Patrice Lumumba avait osé devant le roi de la Belgique, contester le scénario falsifié de la décolonisation du Congo, pour rappeler que c’est au bout d’une longue lutte de la masse congolaise, que son pays a acquis son indépendance et non grâce à la clairvoyance du pseudo-roi belge. Ce monument historique victime de son engagement et de son franc-parler, a été assassiné puis découpé en morceaux et brûlé, juste parce qu’il a osé relater au grand public la vraie histoire de la décolonisation du Congo.

Voilà ainsi une minime partie de l’histoire des décolonisations des pays africains…
Une prise de conscience s’impose. Ce n’est que par la collaboration de tous les témoins que les historiens de demain pourront valablement écrire l’histoire d’aujourd’hui.

Osons écrire notre propre histoire afin que le processus de désaliénation des peuples d’Afrique, puisse au moins démarrer, au malheur des pseudo-historiens africains et occidentaux acteurs principaux de l’histoire falsifiée des descendants de CHAM.

«Vivre Africains, pour vivre libres et dignes» disait feu capitaine Thomas Sankara
PS : Rejoingnez le groupe « Rendre l’histoire au peuple » à l’adresse suivante : http://www.facebook.com/group.php?gid=136114399742639

Sadio Sangharé

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Classé dans Culture et Société

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