La République Démocratique Congo, terre des grands enjeux et de tous les appétits

Le Congo continental est un vaste pays de 2.350.000 km2 au centre du continent et s’étale sur deux fuseaux horaires. Le pays est coupé en deux selon que nous avons l’heure de l’Ouest ou l’heure de l’Est. Il est généralement connu par les milieux capitalistes, et ceux qui singent leurs pensées, comme étant « le scandale géologique de l’Afrique ». À cela, nous disons qu’il n’y a de scandale que chez les jaloux et ceux qui clignent des yeux en méditant sur divers stratagèmes pour faire main basse sur toutes les potentialités de ce pays continental.

Le Congo continental a neuf voisins dont, dans le sens des aiguilles d’une montre, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie, l’Angola, le Congo-Brazzaville, la République Centrafricaine, le Soudan et l’Ouganda. Ce pays de 70 millions d’habitants est irrigué par un fleuve ayant le plus grand potentiel hydroélectrique du continent. La nouvelle constitution issue des élections de 2006 (http://www.cei-rdc.cd/news/constitution.pdf) prévoie un découpage du territoire en 26 provinces que se partagent une mosaïque culturelle de 257 communautés qui utilisent 4 langues véhiculaires que sont le swahili, le lingala, le kikongo et le tshiluba. Le pays est administré dans une langue étrangère, le français, au détriment d’une langue locale plus fédératrice.

Généralement, les habitués des encyclopédies sont abreuvés de statistiques de toutes sortes qui tendent à présenter le pays, ainsi que d’autres, en faisant l’inventaire détaillé de ses supposées richesses. Ainsi, ce compte d’épicier qui passe au crible le contenu du sol, du sous-sol, de la faune, de la flore, etc., nous montre que cette méthodologie européenne de la présentation d’un pays est le propre de ceux qui prospectent chez autrui le contenu de son territoire en vue d’un éventuel pillage. C’est ainsi que plusieurs de nos pays actuels ont hérité de noms qui trahissent les appétits des envahisseurs comme Côte de l’Or (l’actuel Ghana), Côte d’Ivoire, Cameroun (venant de Rio dos camaroes, la rivière aux crevettes), etc. Nous allons donc nous éloigner de cette lecture eurocentrée et présenter le Congo continental sous une perspective assez particulière.

L’histoire de l’entité administrative actuelle qu’est la République Démocratique du Congo, prend naissance suite à la Conférence de Berlin de 1885 où des pays européens décident de balafrer nos royaumes sur papier en vue d’assouvir leurs besoins de prédation. Des expéditions de conquêtes territoriales sont mises sur pied pour matérialiser la balkanisation de ces royaumes. Ainsi, l’État congolais prit corps par la volonté de l’envahisseur belge sous le règne de leur roi Léopold II en se superposant sur les royaumes balafrés. Ces derniers seront désormais confinés dans l’antichambre de cette nouvelle entité administrative.

Le Congo est dès le départ un État-prison dont les habitants sont privés de droits, de justice, de liberté et dépouillés de leurs biens. L’univers d’occupation y est carcéral dans le sens que la libre circulation des personnes n’existe pas entre les villages. Une autorisation du pouvoir d’occupation étant requise pour circuler d’un village A vers un village B. Très vite, le pouvoir d’occupation belge pousse la cruauté à son paroxysme bien avant l’arrivée d’Adolphe Hitler dans l’histoire. Au fur et à mesure que la conquête avance, les Arabes et les arabisés qui sévissaient déjà dans l’Est, en pratiquant des razzias esclavagistes, sont progressivement chassés du territoire. Léopold II finit par occuper un territoire 80 fois plus grand que son royaume.

Dès ses débuts, le pouvoir d’occupation va mettre en place une logique politique et marchande au service exclusif de Léopold II, de la Belgique et de l’Occident. Tout ce qui existait avant est systématiquement détruit, cassé, brisé pour construire quelque chose de nouveau. Un réseau de voies routières et autres est mise en place grâce à la sueur des populations forcées à la tâche, souvent jusqu’à la mort. Ce réseau va servir à acheminer vers les points de sorties, en direction de la Belgique, les diverses marchandises pillées ou obtenues par le travail forcé. Tout le potentiel à l’état de matières premières sera drainé vers l’extérieur pour alimenter diverses industries belges et occidentales dont l’industrie automobile en plein essor enrichira Léopold II et son royaume. L’appétit sans cesse croissante de Léopold II notamment dans la filière du caoutchouc a entraîné un accroissement soutenu de cruautés officiellement encouragées. Le pouvoir d’occupation belge sécrète très tôt des mécanismes d’exploitation provoquant sur la durée un véritable génocide sur les populations locales. En quelques décennies, la population est réduite de moitié avec 10 millions de morts. Du jamais vu de mémoire d’hommes. Dans certaines localités, c’est 90 % de la population qui est décimée par ce régime de terreur et travail harassant.

Les habitants se voient imposer des objectifs de production irréalistes. Le moindre refus ou le faible rendement donne lieu à des nombreuses expéditions punitives telles que des villages systématiquement incendiés, des têtes coupées, des femmes ayant les seins coupées et d’autres prises en otages pour forcer leurs maris à être plus productifs et c’est sans compter les viols massifs, des personnes flagellées publiquement à la chicotte, des hommes torturés à mort avec du copal brûlant et bien d’autres actes horrifiants rivalisant chacun dans leurs différentes palettes de cruauté sans oublier les légendaires châtiments des mains coupées à la chaîne. Même les morts goûtaient également au supplice de la main droite coupée. Les villages qui refusaient de fournir de la nourriture au pouvoir d’occupation belge étaient sévèrement réprimés dans le sang. Ce régime d’occupation militaire belge, censé apporter la civilisation selon le cynisme de Léopold II, durera 80 ans. En fait, l’occupant belge venait s’ajouter aux problèmes déjà causés avant lui par les Portugais et les Arabes depuis des siècles.

L’utilité d’avoir une lecture de l’histoire congolaise sous cette perspective et non dans le cadre d’un compte d’épicier avec des statistiques, familier aux encyclopédies, est de comprendre la morphologie de la société congolaise actuelle sous l’angle de la traumatologie historique. Cette façon de lire une société a été proposée par le Congolais Galiba dans son ouvrage « Les Cahiers de la macchémologie » dans lequel il invite à avoir une lecture de chaque société selon les agressions que cette dernière a subie. Cette nouvelle lecture nous montre que ces agressions permettent de réaliser une ambition de dominer une société ciblée (ici la société congolaise) dans le cadre d’un paradigme (ici la mission civilisatrice belge au Congo) pour assouvir généralement un désir de prédation. Ces agressions laissent au fil du temps dans la société agressée des traces, des séquelles, des traumatismes qui se manifestent le plus souvent en diverses pathologies comportementales sur le plan culturel, intellectuel, gouvernemental et économique.

Avant de faire la lumière sur les pathologies comportementales, nous devons faire la lumière sur les différentes agressions. Le directeur de l’ARPEMA (Association de Recherche pour les PErspectives de la Modernité en Afrique) José Do Nascimento nous apprend dans l’ouvrage « la Renaissance Africaine comme alternative au Développement » qu’il existe cinq agressions hyper violentes subies par nos sociétés sur le continent: les razzias esclavagistes, le régime d’occupation militaire (colonisation), les religions révélées, la version africaniste de la narration de notre histoire et l’axiologie de la guerre froide.

Dans le cas du Congo, nous constatons que ces agressions se répartissent de la manière suivante:
la question des razzias esclavagistes pointe les actions du Portugal et des Arabes depuis plusieurs siècles;
le régime d’occupation militaire est à la charge des Belges avec l’organisation carcérale de la société avec toutes les exactions décrites plus haut;
la question des religions se trouve dans les actions du Portugal depuis des siècles et est exacerbée par la présence des missionnaires belges par la suite pour détruire profondément notre identité;
la version africaniste de notre histoire apprise dans les écoles coloniales et dans les écoles actuelles dans le but d’ériger une élite formatée et coupée de sa culture;
Enfin la guerre froide qui a instrumentalisé le Congo pour diffuser dans certains pays le modèle de société capitaliste.

Ces agressions ont avec le temps brisé les équilibres sociaux qui maintenaient les peuples dans la stabilité, l’harmonie, pour favoriser l’éclosion et le développement de plusieurs pathologies comportementales. Les logiques politique et marchande installées de force par ces agressions vont mettre en scène une bataille terrible et sans merci entre deux types d’élites congolaises. Le Congolais Nsaku Kimbembe Sengele met en opposition dans ses travaux les élites de l’humanisation et les élites de la consommation. Il décrit les élites de l’humanisation comme ceux qui placent le pays et le peuple au centre de toute réflexion et de toutes actions contrairement aux élites de la consommation qui se mettent au service de l’envahisseur qui lui permettent de s’enrichir. Ainsi, les agressions subies au Congo ont favorisé l’éclosion et le développement massif d’une élite de la consommation avec tout l’appui logistique au fil des siècles des envahisseurs portugais, arabes et belges pour maintenir les populations dans l’asservissement afin de satisfaire la logique de prédation à travers divers mécanismes politiques, économiques, religieuses, etc.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les batailles terribles qu’on observe au Congo depuis des siècles jusqu’aujourd’hui où les élites de l’humanisation (Kimbangu, Lumumba, etc.) au fil des siècles mènent une lutte farouche et sans merci contre les envahisseurs et leurs alliés locaux, les élites de la consommation (Afonso Ier, Mobutu, etc.). Dans cette lutte, les élites de la consommation maintiennent en place depuis belle lurette la logique politique de prédation et organise les activités économiques sous l’angle de la rentabilité externe (exportation de matières premières) grâce à une logistique mise à leur disposition par les envahisseurs successifs (portugais, arabes, belges, américains, etc.). La logique politique dès la constitution du Congo repose sur une philosophie de prédation de sorte qu’il n’y ait que des acteurs politiques et économiques fidèles à cette logique qui puissent survivre. Ainsi, l’État est chromosomiquement prédateur en son essence, vue la nature de la philosophie politique sur laquelle il repose. Il est donc logique qu’il n’y ait que des acteurs tout aussi prédateurs, que la nature de l’État, qui puissent survivre.

La perpétuation de ce système d’oppression au Congo s’alimente dans l’instrumentalisation de diverses agressions citées précédemment dont la plus redoutable est la manipulation des contradictions identitaires par la diffusion, à travers le système scolaire, de la version africaniste de la narration de notre histoire. Les Africanistes étant des spécialistes occidentaux, autoproclamés, de notre histoire qui distillent leur poison intellectuel dans nos écoles à travers leurs livres.

La seule façon pour le Congo de construire un état fort et stable est de rompre avec la logique politique et marchande de prédation inoculée par les envahisseurs d’hier. Pour ce faire, les séquelles laissées par les agressions citées plus haut doivent être soignées. Ainsi, l’épineuse question de la prolifération des religions étrangères utilisées comme armes d’hibernation artificielle doit être discutée sans tabou. L’extraversion de l’économie congolaise orientée sous l’angle de la rentabilité externe doit prendre fin au profit d’une économie orientée vers la rentabilité interne. Enfin, il est impératif de créer une nouvelle philosophie politique qui annule l’esprit de prédation décrit précédemment afin de permettre à toutes les énergies de s’émanciper. Cette nouvelle philosophie politique fixera le cadre dans lequel les différentes communautés culturelles se rassembleront autour d’un projet fédérateur qui enracine le pays dans son environnement continental.

Nzwamba Simanga.

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Classé dans Economie et Politique

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