Communautarisme, ethnocentrisme et division à l’échelle continentale

Ce sujet m’a tapé dans l’œil lorsqu’un ami me l’a proposé, tellement il est vaste et toujours d’actualité. En plus, il revêt d’une importance particulière du fait que ces états de fait ont abouti généralement à des guerres et pire, à des génocides.  Depuis des siècles, des communautés et des ethnies ont été érigées, ce qui a favorisé la division des populations à l’échelle mondiale, continentale et même régionale.  Parfois même, on se complaît à penser que c’est normal car on naît en voyant toute la société fragmentée.  C’est la raison pour laquelle je me suis intéressée  à ces faits de société et à leur actualité, surtout en Afrique,  et aux réactions des savants africains par rapport à ces phénomènes.

Tout d’abord,  parlons du communautarisme qui est un terme sociopolitique désignant les attitudes ou les aspirations de minorités (culturelles, religieuses, ethniques…) visant à se différencier volontairement et à se dissocier du reste de la société.

Du latin « communis », communauté, lui-même issu de « cum » signifiant avec ou ensemble et de « munus » (charges partagées, obligations mutuelles), le terme « communautarisme » est un néologisme apparu dans les années 1980, en référence aux revendications de certaines  « minorités » d’Amérique du Nord (indiens, noirs, québécois français).

Il y a quelques centaines de milliers d’années, c’est-à-dire presque rien à l’échelle d’une espèce animale, l’homme vivait, comme les grands singes en petits groupes. Il lui en est sans doute resté une prédisposition à se replier au sein de communautés (famille, groupe, tribu, cité, nation, religion). C’est une tendance forte qui tend au morcellement, au cloisonnement, à la confrontation. C’est pour cette raison que la plupart du temps, il est perçu comme menaçant la cohésion de la société au niveau national.

Au Sénégal, on peut donner l’exemple de la culture Diola qui tend à se détacher des autres cultures nationales et se particularise aussi par le fait qu’elle est valorisée dans toutes ses mesures et s’impose même à première vue aux religions révélées. Je ne sais pas si vous partagez le même avis, mais pour moi, c’est par ce processus de communautarisme que la Casamance qui est le territoire par excellence des Diolas exige depuis des années son indépendance du Sénégal.

En Afrique, il y a une communautarisation qui ne dit pas son nom au niveau de la religion. Elle divise le continent en une partie blanche et une partie noire. « Les appellations de substitution : Afrique au sud et au nord du Sahara n’arrivent pas à cacher ce racisme latent.

Ici, on affirme que l’Afrique Blanche a une tradition de culture millénaire, qu’elle est méditerranéenne, qu’elle prolonge l’Europe, qu’elle participe de la culture gréco-latine.

On regarde l’Afrique Noire comme une région inerte, brutale, non civilisée…sauvage. Là, on entend à longueur de journée des réflexions odieuses sur le voile des femmes, sur la polygamie, sur le mépris supposé des Arabes pour le sexe féminin », FRANTZ FANON, Les damnés de la terre .

D’ailleurs, il existe une confusion profonde dans la transposition de l’anglais « communitarianism » dans le français « communautarisme». L’expression anglaise renvoie à un courant bien connu animé en particulier par Amitai Etzioni et qui met en avant le primat de la communauté (globale) sur les individus qui la composent. Ce courant veut dès lors contrebalancer les droits individuels par des devoirs envers la collectivité. Il ne doit en aucun cas être confondu avec le « communautarisme ethnique » présent dans le débat politique francophone.

Employé dans un sens plutôt péjoratif, le terme communautarisme désigne une forme d’ethnocentrisme ou de sociocentrisme qui donne à la communauté (ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique, sportive…) une valeur plus importante qu’à l’individu, avec une tendance au repli sur soi. Ce repli « identitaire », « culturel » ou « communautaire » s’accompagne d’une prétention à contrôler les opinions et les comportements des membres de la Communauté contraints à une obligation d’appartenance.

Pour ses défenseurs, aucune perspective n’existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture. La communauté précède alors l’individu et rend la recherche de l’idéal partagé plus importante que la défense de la liberté individuelle. Pour eux, l’Etat – ou l’autorité, pour les communautés plus petites -, ne peut être neutre ou laïc en matière de choix culturels, religieux ou de morale. Les valeurs servant de référence sont essentiellement traditionnelles, construites sur un passé mythique ou idéalisé.

Les « communautariens » considèrent que l’identité de l’individu ne peut se construire qu’au sein d’une communauté dans laquelle il peut trouver les ressources et l’estime de soi nécessaires. Pour cela la communauté doit se libérer du moule de la « culture dominante » et faire respecter ses particularités, notamment au sein des écoles. Certains mettent en avant la nécessité de protéger des cultures menacées de disparition comme celle africaine.

C’est pourquoi on parle d’ «afrocentrisme » qui est un paradigme cherchant à mettre en avant l’identité particulière et les apports des cultures africaines à l’histoire mondiale. Les afrocentristes soutiennent que la communauté scientifique occidentale sous-estimerait les civilisations africaines, voire serait partie prenante, consciemment ou non, d’un complot visant à masquer les apports africains à l’histoire.

Selon ASANTE KETE MOLEFI, les Africains (au sens large) ne pourraient efficacement contribuer à l’humanité que s’ils se reconnectaient radicalement à leur propre « africanité » ; que s’ils se rappropriaient et réinvestissaient leurs héritages ancestraux, dans tous les domaines de l’activité humaine : politique, économique, culturelle, spirituelle, philosophique, etc. Ils réhabiliteraient par là-même leur propre conscience historique collective, en vue de redevenir les principaux acteurs de leur vie individuelle ou collective. Il s’agirait, selon lui, pour les Africains éparpillés au monde de « renaître » à eux-mêmes, et de reprendre leur destin en main, après avoir été vaincus par les Européens/Occidentaux au cours des cinq derniers siècles. En somme, à travers l’afrocentricité, l’Africain, d’où qu’il soit, réapprendrait, selon lui, à se connaître lui-même, mobilisant des moyens scientifiques pour ce faire ; ensuite penserait et agirait en fonction de cette connaissance de soi enracinée dans son histoire. D’où l’attention toute particulière accordée par les auteurs afrocentristes aux questions historiographiques de l’histoire africaine, depuis les temps les plus anciens jusqu’à la période contemporaine.

On estime généralement que l’afrocentrisme universitaire contemporain commença avec les travaux d’intellectuels d’origine afro-américaine ou antillaise au début du xxe siècle. Cependant, déjà dès 1879, MARTIN ROBINSON DELANY (1812-1885), un Afro-Américain, proposait une méthode de traduction des hiéroglyphes égyptiens ; inaugurant ainsi une tradition historiographique « négro-africaine » intégrant l’Égypte au sein de ses préoccupations épistémologiques.

Des publications comme The Crisis ou le Journal of Negro History entendaient lutter contre l’idée – dominante à l’époque en Occident – selon laquelle l’Afrique n’aurait rien apporté dans l’histoire de l’humanité qui ne soit la conséquence d’incursions européennes ou arabes. Ces revues affirmèrent le caractère fondamentalement noir de l’Égypte ancienne et étudièrent l’histoire de l’Afrique noire précoloniale. Un des rédacteurs de The Crisis, W.E.B. DU BOIS, s’intéressa aux cultures d’Afrique de l’Ouest et tenta de mettre en place un système de valeurs panafricaines fondé sur les traditions présentes dans ces cultures. Du Bois reçut par la suite des financements de la part du président ghanéen, KWAME NKRUMAH, pour diriger la rédaction d’une Encyclopedia Africana qui traiterait de l’histoire et des cultures de l’Afrique noire, mais il mourut avant que l’ouvrage soit terminé.

JAMES MONA GEORGES, un disciple de MARCUS GARVEY, insistait sur l’importance de l’Éthiopie en tant que grande civilisation noire, et affirmait que les « Noirs » devaient apprendre à être fiers de leur histoire. Son ouvrage majeur,  Stolen Legacy (L’héritage volé), est fréquemment cité comme l’un des textes fondateurs de l’afrocentrisme contemporain. Selon cet auteur, la philosophie grecque aurait été « volée » à l’Égypte ancienne, dont les traditions se seraient développées sur des bases culturelles africaines. James ne voit dans les ouvrages d’Aristote et des autres philosophes grecs que des résumés très limités de la sagesse égyptienne. Ces conclusions ont pu se fonder sur le fait que l’apogée de la civilisation égyptienne (XIVe siècle av. J.-C.) coïncide avec le début des « âges obscurs » en Grèce. En outre, les réalisations artistiques de la Grèce préclassique partagent, selon lui, certains traits avec le style dominant en Égypte à la même époque.

« Stolen Legacy » a été publié aux États-Unis en 1954.

L’année suivante, CHEIKH ANTA DIOP publiait en France Nations nègres et culture, l’autre ouvrage majeur parmi les précurseurs de l’afrocentricité selon ASANTE KETE MOLEFI. Le Wasir Diop parvient à des conclusions similaires à celles de James Georges, notamment sur la négritude des anciens Égyptiens, en mobilisant des moyens épistémologiques différents : entre autres, les comparaisons linguistiques et socioculturelles entre l’Égypte et les civilisations « négro-africaines », les tests de mélanine et l’analyse de l’iconographie égyptienne. C’est l’irruption d’un autre regard, soutenu par une méthodologie et des instruments scientifiques des plus rigoureux. L’édifice occidental de l’Histoire universelle est bousculé dans ses fondements. CHEIKH ANTA démontre et conclut que c’est de l’humus fécond de la préhistoire nègre qu’est née, sur les rives du Nil, la grande civilisation pharaonique. Et c’est auprès d’elle que viendront s’abreuver les civilisations postérieures, sémite, grecque, et romaine.

On passerait des nuits et des jours à parler de ce paradigme afrocentriste!

Par conséquent, nous allons passer à notre second centre d’intérêt qui se fond même dans le premier fait social qu’est le « communautarisme » de par leurs similitudes.

L’ethnocentrisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un phénomène aussi complexe que le communautarisme du fait de son rapport avec le processus de formation d’identités collectives individuelles. C’est à vrai dire l’attitude des membres d’un groupe ethnique selon laquelle ils considèrent que leur propre groupe est supérieur aux autres groupes raciaux ou culturels, valorisant les autres cultures à partir de la leur tout en considérant leur style de vie et leurs habitudes appropriés, meilleurs et/ou normaux et ceux de l’autre groupe étranges, inadéquats ou incorrects. L’ethnocentrisme et même l’hétérophobie (la peur de l’autre) font partie des conséquences des processus intensifs de socialisation inhérents à toute société humaine. Nous savon que tout groupe social tend à la cohésion interne moyennant la création d’un sentiment de fierté qui fortifie le groupe face aux autres et, ce faisant, réaffirme la propre excellence.

De façon apparemment paradoxale, cette emphase sur le caractère social du terme « ethnocentrisme », préalable à toute manipulation idéologique, a été en relation avec les transformations technoéconomiques, sociales et culturelles des trois dernières décennies et avec le principe de dépassement de l’étape historique pendant laquelle l’Europe de la modernité appelait l’ethnocentrisme eurocentrisme, ce qui en termes économiques, politiques et institutionnels signifiait colonialisme et impérialisme et, en termes culturels, imposition du modèle de rationalité propre de l’Europe née avec la modernité.

Ainsi, l’histoire de la décolonisation, difficile et souvent dramatique, de la perte de l’hégémonie de la vieille Europe au bénéfice des Etats-Unis; la décomposition définitive des pays d’économie planifiée et l’irruption d’autres puissances économiques telles que les asiatiques, aussi bien que l’importance des crises africaines ont transformé la scène traditionnelle monocentrique ou bicentrique en une réalité polycentrique, réalité où l’évidence de la diversité gagne du terrain.

Malgré cette évidence, la diversité se trouve dans des conditions de grande fragilité. Elle est fragile parce que les transformations mentionnées plus haut peuvent être résumées en deux mots que l’on répète aujourd’hui à satiété : mondialisation et globalisation. Avec la mondialisation on a progressé dans l’internationalisation planétaire des relations juridiques entre états et organisations, tandis qu’avec la globalisation on est entré dans une dynamique de standardisation économique, technologique et de styles de vie qui sont sous l’action déterminante de critères économicistes du marché. Ce qui compte, c’est l’efficacité, la coopération compétitive et le bénéfice économique. Globalisation et diversité seraient comme les deux faces d’une pièce qui tourne à grande vitesse sans but précis et dont l’équilibre instable laisserait imaginer que parfois l’une de celles-ci est capable de cacher l’autre.

Il convient d’insister en outre sur l’idée selon laquelle il n’existe pas une seule façon de comprendre l’identité d’un groupe car selon sa nature, les attitudes ethnocentriques peuvent servir exclusivement à empêcher tout type de relation entre les cultures à l’exception de celle qui se définit à travers une attitude raciste et discriminatoire.

Du point de vue étymologique, le mot ethnie signifie groupe, peuple. Dans l’Angleterre du XIVe siècle, le terme servait à désigner ceux qui n’étaient pas chrétiens, c’est-à-dire, les gentils et les païens. Au fur et à mesure que se construit l’Europe expansionniste de l’époque moderne, le terme adopte progressivement une fonction de classification et de hiérarchisation de la diversité humaine. Plus tard, au XXe siècle, et plus précisément pendant les années 60, le mot est associé à tout ce qui relève du folklore (tradition pré         moderne) et est susceptible de disparaître à cause de la puissante force des nouvelles formes culturelles de la

modernisation (sociétés modernes).

Une ethnie ou un groupe ethnique est un groupe humain possédant un héritage socioculturel commun, comme une langue, une religion ou des traditions communes. Elle est un concept important de l’ethnologie, mais sa pertinence est remise en cause par certains ethnologues.

L’imprécision du concept d’ethnie est illustrée, selon Jean-Pierre Chrétien, par des populations habitant la région des grands lacs africains, tels les Hutus et les Tutsi : « Voici des “ethnies” qui ne se distinguent ni par la langue, ni par la culture, ni par l’histoire, ni par l’espace géographique occupé ».

Mais ce n’est que pendant les années 70, une fois que le processus de décolonisation est achevé, que le mot ethnie est remplacé par un dérivé : ethnicité. Ce terme permet de revaloriser les spécificités des groupes et perd partiellement le sens exclusivement taxonomique que le mot ethnie avait jusqu’à ce moment-là.

L’ethnicité sera définie comme les traits spécifiques d’un groupe nettement identifiable, le sentiment de partager une ascendance commune, que ce soit à cause de la langue, des coutumes, de ressemblances physiques ou de l’histoire vécue (objective ou mythologique). Cette notion est très importante sur le plan social et politique car elle est le fondement de la notion d’identité.

Mais, l’on se rend compte vite que cette notion d’ethnie ou d’ethnicité dévie d’une manière considérable la conscience nationale car les individus font primer leurs ethnies sur l’intérêt du peuple entier, ce qui retarde l’unité nationale voire continentale.

Voici ce qu’en pense FRANTZ FANON : « La conscience nationale au lieu d’être la cristallisation coordonnée des aspirations les plus intimes de l’ensemble du peuple, au lieu d’être le produit immédiat le plus palpable de la mobilisation populaire, ne sera en tout état de cause qu’une forme sans contenu, fragile, grossière. Les failles que l’on y découvre expliquent amplement la facilité avec laquelle, dans les jeunes pays indépendants, on passe de la nation à l’ethnie, de l’état à la tribu. Ce sont ces lézardes qui rendent compte des retours en arrière, si pénibles et si préjudiciables à l’essor national, à l’unité nationale.

Nous verrons que ces faiblesses et les dangers graves qu’elles renferment sont le résultat historique de l’incapacité de la bourgeoisie nationale des pays sous-développés à rationaliser la praxis populaire, c’est-à-dire à en extraire la raison » (extrait de LES DAMNES DE LA TERRE).

Permettez-moi de donner l’exemple de mon continent qui se démarque des autres par sa propension à se diviser de jour en jour.

En Afrique, on nous tympanise avec LE PANAFRICANISME jour et nuit, avec l’Union Africaine et le  NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) à l’appui, alors qu’en fait, que nenni, nada ! Les africains eux-mêmes ne croient pas en l’UNITE, ils l‘avaient seulement balancé à la figure des colonialistes pour faire pression sur eux en vue d’acquérir l’indépendance. AMINATA DRAMANE TRAORE, écrivain très engagée et ancienne ministre malienne de la Culture et du tourisme, dit en ce sens que : « Le panafricanisme, c’est comme l’indépendance : on la laisse aux oubliettes et on la sort une fois par an ».

Mais comment peut-on parler d’unité africaine alors que même entre les frontières tracées par le colonisateur, on note chaque jour des révolutions de toutes petites parcelles de terre composées par une ethnie quelconque qui vous dit : « Nous voulons devenir un Etat à part entière ». Comment peut-on parler d’unité africaine quand le sénégalais te dit « les peulhs de la Guinée doivent repartir dans leur pays, ils nous étouffent » . Laissez-le moi celui-là ! Hé, Monsieur le sénégalais, ce peulh de la Guinée que tu vois là, il est chez lui en ce moment. Si ce n’était la colonisation, en ce moment, tous ces pays là ne feraient qu’UN car avant l’arrivée des colonisateur, nos ancêtres s’organisaient en empires et pas des moindres car ces entités étaient grandes et prospères car réunissant les ressources au sens large de tous ces actuels pseudos pays.

Mais dis donc, on est où là ?

A quand la RENAISSANCE AFRICAINE (OUHEMMESSOUT) et la FEDERATION (SEMA TAU ) si chacun veut s’isoler dans son coin au nom d’une supposée supériorité par rapport aux autres ethnies, aux autres peuples ?

Au lieu de s’unir après la balkanisation imposée par les colons pour commencer à reconstruire l’AFRIQUE-MERE, les africains poussent le bouchon plus loin pour opérer des morcellements même dans ces petites unités indépendantes car certaines ethnies se croient supérieures à telle ou telle autre pour former avec elle UN Etat, Un peuple indivisible. Dans ce cas, ces peuples étant regroupés autour d’UN seul Etat seraient inévitablement enclin à assurer un milieu de vie adéquat à leurs habitants au lieu de recourir à l’aide internationale (vous devinez que nous parlons là de l’Occident qui nous donne cette aide, mais à quel prix ?). Comme le dit si bien NORBERT ZONGO, un journaliste burkinabé engagé, ancien Directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, qui a été assassiné : « Mille poussins assemblés font peur quand même à l’épervier. Mais, dès qu’il y a la débandade, c’est fini ! » .

Sachons nous-mêmes africains où se trouvent nos intérêts car cet ethnocentrisme, cet isolement économique, ce « nationalisme » (que l‘on utilisait auparavant dans la lutte anticolonialiste),…. ne nous mèneront nulle part ailleurs que vers la DIVISION, et celle-ci nous mène droit vers le mur. Je ne parle pas de l’AFROCENTRISME car comme le dit si bien THOMAS SANKARA, « Nous devons accepter de vivre AFRICAINS ! C‘est la seule façon de vivre libre, de vivre digne ! ». Nous ne parlons pas d’isolement de l’Afrique par rapport au reste du monde, mais force est de remarquer qu’après la colonisation, est née une génération de « peau noire aux masques blancs  » pour reprendre l’intitulé d’une œuvre  de FANON. Nous avons calqué notre culture, notre économie, bref, la gestion de nos pays africains sur ceux des européens. Ce qui nous a menés droit vers le mur. Donc, quoi de mieux que de mettre en exergue l’identité particulière de l’Afrique et de se rapproprier et de réinvestir, d’actualiser nos héritages ancestraux (car les années ont passé depuis le temps des empires africains), et ce, dans tous les domaines de l’activité humaine : politique, économique, culturelle, spirituelle, philosophique, etc. CHEIKH ANTA DIOP appelait ainsi les jeunes africains à l’engagement en ces termes : « En tout cas si vous voulez tant soit peu connaitre votre passé et renforcer le sentiment de cohésion nationale, vous serez bien amenés un jour à nous relayer sur le terrain où nous nous situons aujourd’hui. Je crois que le mal que l’occupant nous a fait n’est pas encore guéri. Voilà le fond du problème. L’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre substance, de notre âme et quand on pense s’en être débarrassé, on ne l’a pas encore fait complètement ».

Je pense qu’à partir de l’afrocentrisme, les africains vont pouvoir devenir conscients de cet impératif qu’est l’union de tous les pays pour ne former qu’UNE et indivisible ENTITE. L’exemple patent qui renforce cette idée est que les afrocentristes ne se considèrent plus comme des congolais, ni comme des sénégalais, ni des gabonais, mais comme des AFRICAINS. C’est ce qui m’a le plus impressionnée lors d’une rencontre avec un ami qui, jusqu’à présent, refuse de me dire quelle est sa nationalité. Quand je lui demande : « de quel pays viens-tu? », il me répond : « de l’AFRIQUE ». Cela peut sembler insignifiant pour certains, mais à y regarder de plus près, vous verrez que cela symbolise beaucoup de choses, surtout l’éclatement des frontières dressées par les colonisateurs pour pouvoir mieux partager le « butin » . Donc, cet AFROCENTRISME peut être un grand pas vers l’unité car, ayant conscience que nous partageons un héritage culturel commun en plus d’habiter sur le même territoire, nous serons plus enclin à solidifier nos liens pour devenir un peuple qui n’est pas seulement un agrégat d’individus sans liens.

En ce qui concerne l’union économique des pays africains, si on réunissait et organisait les ressources économiques de l’Afrique entière, au lieu d’être les petits agriculteurs de l’Europe et les spécialistes de produits bruts, les crises énergétiques et insuffisances alimentaires seraient rangées aux oubliettes. Certes, des organisations sous-régionales comme l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africain), la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire  de l’Afrique Centrale) œuvrent dans le sens de l’intégration économique sous-régionale à travers le renforcement des activités économiques dans le cadre d’un marché ouvert et concurrentiel…, mais il serait temps que ces organisations s’élargissent vers tout le continent car nos économies sont totalement COMPLEMENTAIRES. Mais j’oubliais en fait que les « bourgeois » africains qui ont hérité du pouvoir au départ des colonisateurs n’ont de leurs économies qu’une connaissance livresque qui ne reflète guère la réalité, n’ont pu et ne peuvent jusqu’à présent instaurer des politiques économiques adéquates pour leur pays, donc ne leur parler même pas de la sous-région, a fortiori du continent !

Parlons du  Franc CFA (le Franc des Colonies Françaises d’Afrique) qui n’est « qu’une servitude de quinze pays africains à la monnaie française » pour reprendre les propos de mon frère SADIO SANGHARE. Ce dernier poursuit en disant qu’ : « un système de parité fixe, sans équivalent dans l’histoire monétaire, ligote la monnaie de ces pays à la monnaie française, hier le franc français, aujourd’hui l’euro ». La création d’une monnaie africaine unique participerait donc à l’indépendance totale de l’Afrique vis-à-vis de l’Occident et en même temps consoliderait les liens entre ces pseudos pays africains. Elle fera sauter ces frontières et par la même occasion, il y aura une libre circulation des biens, des services et des personnes.

Ce pseudo-nationalisme brandi de toutes parts par ces africains qui opèrent ainsi des politiques isolationnistes notamment au niveau social, ce qui renforce davantage cette division entre les pays africains. Prenons l’exemple des Ivoiriens qui se sont soulevés au lendemain de l’indépendance contre « l’invasion » des secteurs importants du petit négoce par les Dahoméens et les Voltaïques pour exiger leur départ en brûlant leurs magasins. Et comble de tout, le Gouvernement ivoirien somme ces africains de quitter le territoire.

FRANTZ FANON insiste ici en disant qu’ils sont passés du nationalisme à l’ultra – nationalisme, au chauvinisme, au racisme.

Quand je pense que même les pays européens, qui sont d’ailleurs plus développés que nous, se sont efforcés de se regrouper autour de l’Union Européenne (même si cela s‘est fait après deux guerres mondiales) , je me demande pourquoi plus on est pauvres, plus on est cons.

Or, tout le monde sait que L’UNION FAIT LA FORCE.

Pourquoi, selon vous, les Etats-Unis d’Amérique sont-ils devenus la super puissance du monde ? Regardez bien le groupe de mots qui identifie cet Etat fédéral : E T A T S – U N I S. Des Etats se sont UNIS pour devenir des entités qui gardent toujours des apparences d’Etats, mais qui sont privées de la souveraineté externe qui leur permettait d’exister sur la scène internationale. Ces désormais entités confient cette souveraineté à UN super Etat et une Constitution se charge de répartir les compétences entre l’Etat central et les Etats fédérés.

Une seule question se pose à mon niveau : A quand les Etats-Unis d’Afrique?

Par Marieme Wade

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3 Commentaires

Classé dans Culture et Société

3 réponses à “Communautarisme, ethnocentrisme et division à l’échelle continentale

  1. Bonjour,
    J’ai trouvé ton article trés très interessant et bien documenté. L’afrocentrisme ou encore l’Afrocentricité est un courant académique qui, à sa manière, cogite sur le devenir du continent Africain et des peuples Afro-descendants de par le monde. C’est un courant dont je respecte la méthodologie et la rigueur académique.
    Cependant, je suis personnellement contre leur idéologie trop essentialiste en général dans la mesure ou ils (Asante et compagnie) insistent trop souvent sur ce que Paul Gilroy a appelé « the notion of victimage » dont les noirs trop souvent opte comme slogan. Je veux pas ici faire la rhétorique de ce débat academique qui perdure encore et encore.
    Tout ce que je veux dire c’est le communautarisme ne ne vous avance en rien dans le mesure ou il met en danger les potentialités africaines de se démettre de cette plaie coloniale (diviser pour mieux régner) dont le saignement ne cesser de couler. Les problèmes africains ne seront résolus que quand nous aurons un « inward-looking perspective », c’est à dire reconnaître nos problèmes, travailler à ce que cela résolu intérieurement et nous pourrons avoir une VOIX africaine UNIE pour faire face a l’hégémonie multidimensionnelle de l’Occident.

    • Bonjour Babacar, je pense comme toi que nous devons plus penser à nos problèmes et les résoudre. Mais il se trouve que le problème de l’aliénation est très profond et il est la source de plusieurs situations désastreuses auxquelles nous faisons face chaque jour. Prenons l’exemple de la gestion calamiteuse de nos pays depuis le lendemain des indépendances jusqu’à nos jours. Tu crois que si nos dirigeants étaient imbus des réalités sociales, économiques…., on en serait là? Eh ben non ! Toute cette génération est passée à l’école des blancs, c’est la raison pour laquelle ils ne savent même pas comment faire pour nous extirper de certaines mauvaises passes comme le problème de l’énergie et de l’auto-suffisance alimentaire.

  2. Rama,
    Tu as parfaitement raison. Je crois plutôt qu’il a un manque criant de volonté chez nos dirigeants. Ils aiment tellement le pouvoir qu’il font tout pour reigner en monarque en tripatouillant sans cesse nos constitutions qui ne sont plus que des brouillons, ‘the national drafts » comme l’ironise toujours un ami Professeur à l’université de Chicago.
    C’est pourquoi je suis très imperméable à cette théorie d’Afrocentricité qui semble ne pas prendre en considération les réalités africaines du dedans; l’Afrique est certes bloquée par l’hypocrisie occidentale et leur désintérêt au développement Africain. Mais à juste raison. Tu sais quoi ce monde là c’est la compétitivité qui prime; Tu vois la montée en puissance de la Chine qui fait très peur aux Américains et Européens. Si l’Afrique comprenait cette réalité internationale, on appliquerait depuis longtemps les idées de nos illustres penseurs (Cheikh Anta, Khrumah, etc…). Y a une phrase de Cheikh Anta d’une vérité indélébile: il disait: « Vous jeunes Africains, êtes condamnés au fédéralisme sinon vous vivrez l’enfer sur cette terre d’Afrique ». Ne vivons nous pas l’enfer à cause d’un fédéralisme avorté?

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