Parlons Vrai : Histoire, Aliénation et Médias

Salut à Tous,

Depuis que l’Europe esclavagiste des 17ème, 18ème et 19ème siècles a choisi l’argument de noir sauvage et barbare comme moteur et alibi de son entreprise, l’Afrique et les africains mènent – souvent sans le savoir – une guerre mentale et culturelle sans merci, partout, en tout instant et en toutes circonstances. Bonne lecture !

De brillants fils de ce continent ont cependant sonné la rébellion dès qu’ils en ont eu l’occasion. Firmin avec de L’Egalité des Races Humaines, Fanon avec Peau Noire Masques Blanc, Césaire avec son Discours sur le Colonialisme et un génie comme Cheikh Anta Diop ont permis de stabiliser le front et de limiter la casse, en nous restaurant notre dignité humaine. Ils ont enrayé le mécanisme de ce qu’ils nomment tous Aliénation culturelle, c’est-à-dire l’effacement dans nos consciences, de toutes nos formes culturelles au profit de concepts, d’idées, de doctrines, d’attitudes et de complexes qui nous ont détruit en tant qu’individu et en tant que peuple pour mieux nous « éloigner de nous même » comme dirait la sociologue Juliette Smeralda. Mieux encore, Diop (1923-1986) a fait l’état des lieux mental et historique du continent, a fait un diagnostic, interrogé l’histoire, dénoué les falsifications et a proposé des solutions et une marche à suivre pour mettre fin à cette déroute mentale et culturelle. A travers son œuvre colossale (Nations Nègres et Cultures 1954, L’unité culturelle de l’Afrique noire 1959, l’Afrique Noire Précoloniale 1960, Antériorité des Civilisations Nègres : Mythe ou Réalité historique ? 1967, Les Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire 1974, Civilisation ou Barbarie 1981), Diop nous a donné les armes de la lutte. Mais contre quoi luttons-nous ? Contre qui luttons-nous ? Il nous faut répondre lucidement à ces questions sous peine de disparaitre tout simplement. Contre quoi et contre qui luttons-nous ?

Nous luttons contre les falsifications aliénantes. En termes plus simples nous devons rejeter toutes les théories et élucubrations historiques du type « Les Africains ont vendu leurs frères pour de la pacotille », « La Colonisation a eu des aspects positifs », « L’Ecriture est née en Mésopotamie » , « La Grèce est la terre des Mathématiques avec ses génies Pythagore, Thalès » , « L’Etat de droit est né en Occident », « L’Esclavage a existé partout, les Africains se vendaient entre eux avant l’arrivée de l’Europe » j’en passe et des meilleures car la liste est kilométrique. Ces théories, basées sur une argumentation tellement légère dans la plupart des cas, sont facilement démontées par un effort de lecture et de réappropriation de notre patrimoine historique. Seulement, lorsque ce travail de lecture n’est pas fait, on continue à se référer aux programmes scolaires convenus, largement basés sur une vision eurocentriste du monde et on s’extasie devant les banalités d’« Afrique(s) une autre histoire du XXème Siècle ». Au bout d’un ou de deux documentaires qui passent sur les chaines « respectables » de l’ancien maitre, le nègre paresseux dont parlait Guerlain se croit au point sur la connaissance de son histoire. Il laissera les reportages des médias de masse lui forger le reste de ce qu’il sait sur lui-même, l’enferment ainsi dans sa condition forgée de nègre n’ayant une histoire qu’à partir de l’esclavage et de la colonisation. Mieux encore on reste insconciemment dans l’idée que l’Africain n’a rien créé dans l’Histoire à part la danse, le rythme, l’émotion , la joie de vivre et toutes sortes d’autres qualités sarkozo-senghoro-hegeliennes. Nous luttons contre ces falsifications, nous sommes en guerre contre la propagande historique dégénérante et dégradante, qui nous inculque sournoisement un sentiment de honte par rapport à notre passé et donc par rapport à nous même (Qui n’aurait pas honte d’entendre que son père était un sauvage cupide qui a vendu ses oncles ?). Mais, encore une fois, la recherche historique aide à dépasser tous ces sentiments de sous homme.

Nous luttons également contre le divertissement médiatique permanent et aliénant. Aujourd’hui, non seulement les noirs (africains+diaspora) sont sur cette terre ceux qui aiment le plus faire la fête, danser et chanter mais ils en sont également les plus grands consommateurs. Preuve que si on peut penser que l’Africain moderne est génial pour créer, innover etc il l’est en réalité pour se complaire dans la médiocrité de l’entertaining et de l’amusement permanent. Les artistes du continent et de la Diaspora contribuent à cette déchéance, introduisent dans l’inconscient collectif une image dégradante de la femme noire africaine (Rap Bling Bling, Clips US, Pornographie) et font l’apologie de l’individu et de l’individualisme au moment où le continent et ses enfants ont le plus besoin de s’unir pour faire face aux défis de demain. Le drame dans cette guerre médiatique est que « l’autre » camp, celui des africains désireux de mettre fin à l’aliénation culturelle, n’existe quasiment pas sur les grandes chaines. Mais peut-on dire à son ennemi en temps de guerre « Passe moi ta télé que j’y fasse ma propagande » ? Assurément que non. Il nous faut donc avoir nos propres médias, qui parlent d’un modèle esthétique, moral, culturel centré sur notre patrimoine et différent de celui de la masse mondialisée.

Les films hyper-émotionnels, qu’ils soient hindous, américains ou africains comme c’est de plus en plus le cas déstructurent totalement la conception du couple et de la relation matrimoniale parmi les jeunes africains qui ont accès à ces productions. Alors que les sociologues occidentaux commencent à déplorer la lente agonie des institutions sociales comme la famille ou le mariage dans leur propre société en raison de cette sacralisation du sentiment amoureux, les jeunes africains et surtout les jeunes africaines, qui sont la cible prioritaire des industries culturelles aliénantes, se ruent eux vers un modèle qui est en train de montrer ses limites. Résultat des courses ? La nouvelle génération africaine (dont les taux de divorces sont comparables à ceux qui sévissent actuellement en Europe) réussit le tour de force à faire voler en éclat la sagesse millénaire qui garantissait la cohésion sociale, le liant familial et la pérennité maritale de la société africaine, ce qui n’empêchait pas que dans celle-ci la femme jouisse d’une liberté totale (Liberté sexuelle avant le mariage, Droit de divorce, droit de disposer de ses biens indépendamment de son Mari etc). Pire, on entend qu’il existe des féministes en Afrique…C’est cela l’aliénation : S’oublier, ne pas se connaitre et être tellement inféodé, souvent sans le savoir, aux idées et au vécu de l’autre que l’on finit par faire de ses combats les notres. Nous luttons donc contre l’agression médiatique et la dégradation mentale qu’elle entraine chez nous. Comment lutter ? Ecouter nos artistes « traditionnels » et/ou conscients, les soutenir mais surtout se couper le plus possible de toute cette production individualiste et dégradante pour nos femmes(Lil Wayne, Beyonce, Meyway), US ou Pseudo US (Nix, Booba), les films à l’eau de Rose de Holly ou de Bollywood (Love and Basketball) quelle que soit la qualité de la production sonore ou vidéo car l’heure n’est pas à l’amusement, nous sommes en guerre : si vous en êtes convaincu tant mieux, sinon tant pis.

Nous luttons contre l’aliénation esthétique. Par esthétique nous entendons tout ce qui a trait à la beauté. Qu’elle soit purement conceptuelle ou appliquée à la réalité physique. L’exemple le plus patent et le plus discuté est celui des cheveux crépus, inconsciemment rejetés, par l’extrême majorité de nos sœurs africaines (ce phénomène tend à régresser dans la diaspora mais progresse sur la Terre mère). Allez à un baptême ou à un mariage au Sénégal, au Mali, au Congo, regardez combien de femmes arborent leurs cheveux naturels. Le constat est très vite fait soit il y’en a pas une seule soit le peu de femmes arborant leurs cheveux naturels ne dépassent pas le nombre de doigts de la main. Cette remarque n’est nullement une marque d’obsession mais elle est là pour montrer à quel point les critères de beauté sont inversés par rapport à notre texture naturelle. Les hommes africains étant attirés par les femmes dont les cheveux longs et lisses qui lorsqu’ils ne sont pas défrisés, sont entièrement synthétiques ou provenant de la tête d’une indienne ou d’une brésilienne. De plus ce qui est valable pour les cheveux l’est également pour la couleur de peau, le trop noir, souvent, ne fait pas bien. Une femme claire de peau attirera plus les hommes, les jeunes métisses africain-européen étant également un peu plus prisés par la gent féminine que leurs homologues africains noirs.

La pyramide est inversée…Le problème est profond, le complexe inconscient : les saisir et y remédier devient une nécessité. Nécessité culturelle pour la sauvegarde de ce que nous sommes et de notre savoir faire millénaire en matière de soin et de coiffure du cheveu crépu. Nécessité sanitaire pour enrayer les drames dûs à ces comportements esthétiques (calvitie précoce des femmes africaines dûs à la répétition des défrisages et à la tension du cuir chevelu avec les tissages, cancers de la peau dûs aux produits éclaircissants). Nécessité économique pour cesser de donner tout notre argent à l’industrie esthétique chimique et de beauté occidentale. Des milliards de Dollars sont dépensés chaque année par les femmes noires de par le monde. Ces dernières sont en effet celles qui dépensent le plus en termes de soins du corps et du cheveu dans le monde. Alors que nous avons des femmes raffinées, et cela date depuis les reines de Ta Mery (Egypte) et de l’époque impériale, pourquoi devrions nous laisser ce raffinement être le gagne pain de celui qui nous aliène ? Cela est inacceptable et vous le savez aussi bien que moi. Il nous faut inverser la tendance esthétique, faire l’apologie de ce que nous sommes, de notre nature et gagner ce marché en proposant une alternative et des produits adaptés à nos sœurs africaines. Ce que je dis est également valable pour les hommes africains, notamment dans l’habillement où ils dépensent des sommes colossales. La création de marques de vêtement raffinées et centrées sur notre patrimoine comme ShemsuHor est un exemple à encourager. Nous luttons contre l’aliénation esthétique. Nous ne nous pensons pas plus beau qu’un autre sur cette terre, mais nous nous trouvons quand même naturellement beaux et belles. Cultivons le, mettons le à profit et bâtissons une économie autour de cela.

Nous sommes en Guerre, et ce dont je vous ai entretenu dans cet article est la première bataille à gagner. J’en viendrai aux domaines économique et politique dans d’autres articles de la série « Parlons Vrai ». Pour l’instant, il faut se remettre en question, accepter l’existence de cette perfusion culturelle qui nous tue en sourdine. Il faut également faire des recherches (Je vous renvoie à mon article « Jeune,Africain et Conscient ») pour enrayer l’aliénation mentale et culturelle largement relayée par l’enseignement officiel, les médias de masse et l’entertaining à outrance. Il nous faut couper cette corde mentale, revenir vers nos sagesses ancestrales voire vers celles de nos grands mères pour « faire proche » mais aussi reprendre en main notre économie culturelle et esthétique, la tourner vers une augmentation de notre niveau de vie et vers d’autres projets conscients pour libérer la masse qui subit viols, guerres tout en vivant dans l’ignorance des enjeux de ce monde. A chaque génération sa mission…

Jajëf, Hotep

Erratum : J’avais attribué de mémoire, la parole « Eloignement de nous même » à Ama Mazama, en réalité cette expression est de Juliette Smeralda, auteure de « Peau Noire, cheveux crépus , histoire d’une aliénation ». Je m’en excuse.

Fary

Membre de l’Association Njaccaar VisionnaireAfricain

Beyonce Knowles cheveu lisse, teint clair :le nouveau canon de beauté africain


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