Interview de Didier Awadi

Sur fond de panafricanisme, avec des murs décorés par des hommes comme Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba, Samora Machel, Modibo Keita, Nasser .…, nous allons à la rencontre d’un artiste tout à fait accessible et très accueillant au Studio Sankara pour un petit tour sur l’homme, l’artiste, son époque et le rôle qu‘il y joue.

Qui est Didier Awadi ?
- Difficile à dire, mais je dirai un rappeur africain de nationalité sénégalaise.

Vous êtes perçu comme un artiste engagé. Qu’en pensez-vous ?
- J’assume car on ne peut pas vivre dans une société sans être concerné par ses problèmes. Il faut s’engager. C’est un choix.
J’essaie de m’engager pour des causes qui me parlent et me semblent importantes.

A quel moment êtes-vous passé du statut d’artiste ordinaire à celui d’artiste engagé ?
- Je ne sais pas exactement, la question m’a souvent été posée mais je n’arrive pas à donner de date précise car je ne sais vraiment pas. Je me suis juste rendu compte qu’il y a des thématiques qui m’intéressent, des sujets qui m’interpellent, des injustices qui ont fait que j’aie envie de parler, d’agir et d’aller sur le terrain . Il n’y a rien de calculé ni de prédéfini, cela dépend juste des causes. Encore une fois, je ne peux pas donner de dates. Peut-être qu’avec un recul quelqu’un pourra dire : « c’est à tel moment ».

Existe-t-il des inconvénients à cet engagement ?
- Oui, oui, beaucoup même ! A chaque fois qu’il y aura de gros trucs officiels, ils hésiteront à m’y convier car ils se diront : « il viendra encore pour nous insulter ! » . Mais en même temps, ils savent que ma voix à de l’impact.

Êtes-vous conscient du rôle et surtout de l’impact que vous artiste avez dans la société ?
- Oui, je suis conscient de l’impact que mes œuvres en général et mes paroles en particulier ont et pas seulement sur les plus jeunes, mais sur les adultes aussi. Nous sommes conscients et nous essayons de ne pas faire trop de bêtises. Nous sommes des êtres humains, donc ce n’est pas évident; mais nous essayons au maximum de soigner notre image.

Que pensez-vous de la situation politique du Sénégal ?
- Comme tout le monde, nous la vivons, nous en souffrons. Il y a un chaos politique dans notre pays, mais nous sommes à 12 mois des élections présidentielles; nous allons pousser les citoyens à aller voter massivement, afin que chacun puisse définir ce qu’est le changement pour lui.

Et la situation de l’Afrique en général?
- Tu sais, en gros, il y a autant de pays que de situations. Mais nous pouvons dire que globalement nous sommes en marche vers le développement avec ses hauts et ses bas. Chez certains, c’est très sombre, chez d’autres il n’y a plus de lueur. Nous avons déjà deux révolutions (l‘interview a été réalisée le 14 février) , nous verrons jusqu’où ça ira !

Parlons encore de politique en évitant la langue de bois que nous constatons chez nos élites ! Que pensez-vous de la situation politique de la Coté d’Ivoire ? Laurent Gbagbo est-il le symbole d’une Afrique libre qui ne se laisse plus dicter sa conduite ou n’est-il qu’un simple président avide de pouvoir ?
- Non, non, je n’en suis pas là, ce n’est pas à moi d’en juger. En fait ce n’est pas à moi de dire si Laurent Gbagbo est un bon ou un mauvais ou si Alassane D. Ouattara est un bon ou un mauvais. A vrai dire je n’en fais pas un cas Gbagbo et je n’en fais pas un cas Ouattara.
Je dis qu’il faut qu’il y ait des élections libres en Côte d’Ivoire et que les Ivoiriens seuls doivent choisir librement sans aucune ingérence étrangère ! Personne ne doit appeler à la guerre, ça n’a aucun sens, 10 ans de guerre c’est plus qu’assez !
D’un autre coté, l’hypocrisie de la Communauté Internationale doit aussi être décriée et stigmatisée. C’est aux Ivoiriens de discuter et de trouver en eux-mêmes leurs solutions, ce n’est pas aux autres africains et encore moins à la Communauté Internationale de venir avec de soit disant solutions externes.
C’est cette hypocrisie et toutes ces manipulations extérieures qui me hérissent. Je n’en suis plus à la question de savoir qui a gagné ou qui a perdu. Nous parlons d’un pays avec 2 armées et 2 zones contrôlées par 2 hommes face-à-face. Faire des élections libres et transparentes est déjà très difficile dans ces conditions. Que cette hypocrisie et ces manipulations externes s’arrêtent et que les solutions soient internes !

Votre album "Président d’Afrique", un exemple de panafricanisme. Qu’est ce qui vous a poussé à le faire ?
- J’avais à ma disposition beaucoup de discours de nos leaders africains et j’ai pris conscience que beaucoup d’autres n’avaient pas cette possibilité. Ce sont des discours qui ont été faits à un certain moment où nos grands leaders avaient des rêves, des aspirations et des ambitions. Je pense que chaque génération doit se questionner sur son époque; nous aussi nous devons avoir des rêves, des aspirations et des ambitions.
Nous devons également faire une étude détaillée des rêves de nos pères et nous interroger sur ce qu’il en reste …. Nous devons nous poser des questions :
. Que reste-il du rêve de Martin Luther King ?
. Que reste-il des recherches de Cheikh Anta Diop ?
. Que reste-il de l’ambition et des rêves de Thomas Sankara ?
. Que reste-il du combat de Nkrumah ?
. Que reste-il des aspirations et de l’héritage de Lumumba ?
. Que reste-il de l’héritage de Césaire et de Fanon ?

Nous devons nous questionner sur l’héritage et le combat de nos pères. Il est important de savoir comment les peuples se sont appropriés les idées de ces leaders et quelle en est la continuité ?
-J’ai mis un jeune rappeur de RDC et un leader comme Lumumba dans le même morceau pour faire ressortir encore plus ces idées et mettre le doigt sur la continuité (la filiation).

Pensez-vous que les révolutions qui ont secoué et secouent encore l’Afrique Maghrébine puissent déteindre sur l’Afrique noire ?
- Oui, le fait est que ce n’est pas la première fois qu’il y a eu des révolutions en Afrique. Les maliens ont fait à leur manière leur révolution : ils ont marché et sur le pont ils se sont faits tirer dessus, mais ATT (Amadou Toumani Touré) est venu pour apporter une révolution.
Au Bénin aussi, il y en a eu. C’est vrai que c’est de tous frais. Il y a eu des révolutions avortées aussi comme au Togo et au Gabon …
La révolution peut se faire partout. Personne n’a le monopole de la Révolution ni celui de la Paix.

Pour le Studio Sankara, favorisez vous plus les artistes engagés aux dépends des jeunes talentsordinaires ?
-Non, pas du tout pour le studio, côté production, seul le talent compte. Tout le monde ne peut être engagé et à vrai dire, je n’impose pas mes choix aux autres; bien au contraire je respecte le choix des autres. J’aime beaucoup et j’écoute d’autres artistes engagés ou pas.

Thomas Sankara et Didier Awadi ?
- Sankara c’est mon idole, mon maître à penser. La trajectoire de sa vie m’inspire. C’est pourquoi j’essaie chaque jour d’en apprendre un peu plus sur lui et au fur et à mesure que j’avance tout me pousse à dire que c’est un bon modèle.
Oui voilà, c’est Le bon modèle !

Le message de Didier Awadi à la jeunesse.
Croire en soi, se battre et tous les jours oser inventer son avenir comme le disait Sankara.

Fatou Niang Sow

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Classé dans Culture et Société

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